Lettre d'information de l'Association pour l'Autogestion n° 13 - Décembre 2012

 

2013 : initiatives collectives

ou mythe de l'entrepreneur

individuel ?

Deux tendances contradictoires ont marqué l'année écoulée. D'un côté, une volonté nouvelle des salariés de prendre en main leurs affaires en se débarrassant du patronat afin de conserver leurs emplois, de l'autre, un refus très médiatisé d'une fiscalité redistributrice sous couvert de préserver l'initiative individuelle.

Comme nous l'avons dit maintes fois sur ce site, l'année 2012 a été une véritable rupture en termes de tentatives de reprises d'entreprises. L'année s'ouvrait avec SeaFrance et ses 880 salariés qui refusaient la liquidation de leur entreprise entérinée par Sarkozy au profit d'une reprise en SCOP. Leur projet a vu le jour en août 2012, dans une version, certes plus réduite, avec MyFerryLink.com. Bon vent à cette nouvelle compagnie !

Toujours dans le Nord, des anciens salariés du journal d'annonce Paru Vendu du groupe Hersant mis en liquidation reprennent leur activité sous forme de la SCOP Inter 59 dans un projet de complémentarité papier-Internet absolument innovant. C'est aussi l'année où une autre imprimerie, Helio Corbeil, repart sous forme de SCOP dans l'Essone. En fin d'année, la petite société de haute technologie SET située en Haute-Savoie, échappe à un rachat par un groupe américano-singapourien (Kulicke & Soffa) et se transforme en SCOP par la volonté majoritaire de ses salariés. Même chose pour Fontanille en Haute-Loire ou les Atelières, SCIC créée par des ex-Lejaby. Dans le même temps, les salariés des glaces Pilpa à Carcassonne ont réussi à repousser en justice le plan « social » de la direction tout en prévoyant éventuellement un reprise en SCOP. Configuration très proche celle de la lutte des Fralib qui dure depuis presque trois ans. Ici le groupe Unilever souhaite fermer la dernière usine de conditionnement de thés et d'infusions de France. Les salariés ont jusqu'à présent réussi à faire annuler deux plans sociaux par le Tribunal d'instance de Marseille et opposent à leur direction une reprise en SCOP avec le maintien d'une centaine d'emplois, de la marque Eléphant et la relance d'une filière locale d'arômes naturels sur les bases du commerce équitable.

A l'opposé, les premiers jours du gouvernement de François Hollande ont été marqués par l'affaire des Pigeons, des entrepreneurs qui se sont regroupés sur Internet contre la taxation des plus-value au barème progressif : l'argument était que la plus-value représentait le travail de plusieurs années et ne pouvait être taxé en une seule fois. Argument a priori de bon sens auquel le gouvernement s'est rapidement plié. Pourtant l'affaire est loin d'être simple : est-ce que le succès de l'entreprise appartient réellement à ses fondateurs et ne doit pas aussi être mis au compte des salariés ? Est-ce que des succès d'entreprises coopératives telles que Mondragón en Espagne ou Acome et Chèque déjeuner en France ne témoignent pas de cette réalité ? Derrière cette plus-value, même taxée, se cache l'appropriation privée : l'entreprise passe dans de nouvelles mains, les salariés ne sont plus que des pions dont on peut éventuellement se débarrasser pour délocaliser demain une production. En ayant cédé sur ce point, la grande boite de Pandore de la contestation fiscale a été ouverte tout azimut, avec un crédit d'impôt de 20 milliards pour les entreprises au nom de la compétitivité, une censure du Conseil constitutionnel de la taxe à 75% des revenus supérieurs à un million d'euros et le départ rocambolesque de Gérard Depardieu en Belgique.

Là se trouve sans doute le nœud central de cette question fiscale : allons-nous accepter que se forment des revenus mirifiques qu'il faudra ensuite reprendre par la voie de la fiscalité ou allons-nous faire de l'acte d'entreprendre ce qu'elle est dans la réalité, une démarche collective ? Même si l'insertion du groupe Mondragón dans l'économie de marché n'est pas sans poser des problèmes de dégénérescence capitaliste, comment expliquer que dans ce groupe coopératif comprenant 85000 travailleurs, l'écart des salaires reste raisonnable (1 à 9 maximum) alors qu'il est franchement indécent dans les groupes du CAC40 ? Tout simplement parce que les dirigeants des groupes capitalistiques ne sont que des mercenaires du capital dont l'objectif est de s'assurer que leurs salariés travaillent bien dans le sens des actionnaires alors que cela n'est pas indispensable dans les coopératives de production où les salariés travaillent pour eux et ne laissent rien à quelque actionnaire que ce soit. Là se trouve l'origine de la prétendue réussite individuelle : le besoin pour le capital de trouver des « talents » qui sauront œuvrer à sa valorisation. Vouloir reprendre par la fiscalité les revenus indécents produits par le capital est une voie, certes défendable, mais dont il ne faut pas attendre des merveilles. Ne vaut-il pas mieux défendre une hausse des salaires individuels comme des cotisations sociales, qui réduiront les profits et ouvriront la voie à la reprise des entreprises par les salariés ? Seule la promotion de l'initiative collective, rendue possible par des moyens publics de financements, sera capable de combattre à la racine l'inégalité dont a besoin le capital pour se reproduire.

Initiative collective ou retour de la figure de l'entrepreneur individuel ? C'est un débat qui restera sans doute présent tout au long de l'année 2013, quarantième anniversaire du combat des Lip, que l'Association entend célébrer et faire connaître aux nouvelles générations.

Colette Web

 



L'Association pour l'Autogestion vous souhaite une bonne et heureuse année 2013, porteuse de luttes,  de changement social et d'émancipation.

Les adhésions 2013 sont désormais ouvertes.

Bulletin d'adhésion

 

Dans le site, ces derniers jours...

pictureUn inédit de Moshe Lewin sur la Russie, les acteurs sociaux et la bureaucratie.

Au cœur de la lutte pour l’autogestion et un fonctionnement démocratique des institutions économiques, sociales et politiques de la société se dressent des obstacles, dont l’émergence et la consolidation de bureaucraties. Comprendre les conditions d’émergence, comment elles se constituent est essentiel pour en rechercher les antidotes. L’attention aux expériences et bilans historiques est de ce point de vue essentiel.  C’est sur l’URSS que Moshe Lewin nous est d’un grand apport. Dans ce texte, il aborde notamment les « grandes étapes de formation de la bureaucratie ». Moshe Lewin est né en 1921 à Vilnius.
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pictureUsines récupérées et autogestion dans la nouvelle réalité espagnole

Nous publions la traduction en français de cet article très intéressant et éclairant sur la situation dans l’Etat espagnol et le renouveau des perspectives autogestionnaires dans ce pays. La version originale en castillan a été publiée le 20 décembre sur le site d’ICEA sous le titre de  »Fábricas recuperadas y autogestión en la nueva realidad de España ». (Voir lien ci-dessous).

Par José Luis Carretero Miramar (Traduction du castillan par Richard Neuville)
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pictureAutogestion et Economie Sociale et Solidaire

L’Economie sociale et solidaire (ESS) est devenu un thème politique fort, d’autant plus fort que l’arrivée du gouvernement de gauche au pouvoir s’est traduite par la réapparition d’un ministre délégué à l’ESS, ministère qui avait disparu durant les 10 années de gouvernement de droite. L’ESS rassemble des structures qui se définissent comme des groupements de personnes et non de capitaux, porteuses d’un projet d’intérêt collectif. De ce point de vue, l’ESS représente une rupture par rapport à la majeure partie de l’économie où la perspective de rendement des capitaux est à l’origine de l’initiative. Ces structures sont-elles pour autant autogestionnaires ?
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pictureConférence sur l’expérience algérienne, rapide retour.

Nous ne pouvons que remercier Mohammed Harbi  d’avoir accepté notre invitation à animer une conférence sur l’étendue, et surtout les limites de ce qu’on appelle l’expérience de l’autogestion en Algérie après 1962. C’est en tant que camarade, à destination d’un public militant que ce spécialiste de l’Algérie contemporaine qui se montre peu dans les colloques et rencontres en cette année du 50ème anniversaire de l’indépendance,  a voulu nous parler.    Continuer la lecture

 
pictureLes Fralib se rappellent à Hollande

Les salariés de Fralib ont consolidé leur projet de reprise en SCOP. Ils exigent d’Unilever le transfert de la marque Elephant et un plan d’affaires pour réaliser la transition.

En lutte depuis plus de 800 jours, les salariés ont finalisé leur projet de SCOP T.I (Thés et Infusions). Déjà 72 sociétaires sur un effectif de 103 salariés, des capacités de production allant jusqu’à 3000 tonnes grâce au site de l’entreprise acquis par la Communauté Urbaine de Marseille.
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pictureCol-lectiu Ronda (Collectif Ronda)

Le Col-lectiu Ronda (Collectif Ronda) est un bureau d’avocats autogéré et à but social de Barcelone. Il se crée en 1972 dans le but d’assurer la défense des travailleurs et la défense des droits civils sous la dictature franquiste. Aujourd’hui, le collectif défend les droits individuels et collectifs des citoyens, qu’il s’agisse d’affaires classiques, de questions antirépressives (mouvements sociaux, squats…), du droit des immigrés…
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picture Reconversion écologique et sociale

En septembre 2010, constatant l’urgence d’une réflexion large sur la reconversion écologique et sociale de l’économie, mais le peu de débats lancés en France sur ce thème difficile, quelques militants de diverses organisations associatives ou politiques, ont décidé de créer un groupe de travail pour explorer les questions que pose cet objectif.
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pictureCan Batllo : quand les voisins occupent

Nous avons rendez-vous sur la place de l’église de San Medir, petite place où églises et magasins se mélangent. Sur le chemin, des drapeaux « Volem Can Batlló ya », un peu usés par le temps passé au grand air, nous ont confirmé qu’on approchait du but. Montse arrive, par petits bonds. Elle habite à Sants depuis huit ans. Elle nous embarque.
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pictureCharles Gide (1847-1932)

Né à Uzès (Gard) le 29 juin 2847, dans une famille protestante, son père est magistrat et sa mère, Anna Granier, est apparentée à la bourgeoisie uzétienne. Il se marie avec une Suissesse Anna Im Thurn, dont la famille possède le domaine des Sources à Bellegarde. Il a aussi été l’oncle de l’écrivain André Gide. En 1872, Charles Gide soutient sa thèse sur « le droit d’association en matière religieuse » devant la Faculté de droit de Paris, à propos d’une question d’actualité, les associations religieuses étant interdites depuis 1792, les travaux préparatoires de ce qui sera la loi de 1901 sur les associations ayant déjà commencé.
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pictureL’économie de l’entrepreneuriat social

L’entrepreneuriat social occupe une place croissante dans les économies européennes. Plusieurs publications récentes permettent de dresser un panorama des pratiques qu’il recouvre et d’analyser leurs forces et faiblesses économiques. Cette réflexion nous semble intéressante du point de vue de l’autogestion car beaucoup d’initiatives autogestionnaires s’apparentent à des entreprises sociales, soit par leur champ d’activité, qui peut appartenir à l’économie sociale et solidaire, soit par la forme de leur gouvernance, qui accorde une place centrale aux travailleurs et aux usagers.
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pictureSET (74) : Reprise en SCOP confirmée, les salariés ont gagné

Alors que le Tribunal de commerce avait préféré le 6 novembre le projet de reprise de l’entreprise SET (Smart Equipment Technology) située à Saint-Jeoire-de-Faucigny en Haute-Savoie, la Cour d’appel de Chambéry vient de lui préférer le projet de reprise en SCOP que lui préféraient largement les salariés.
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