Lettre d'information de l'Association Autogestion n° 17 - Avril 2013

 

Le temps des cerises.

Au-delà du cas d’un individu pris la main dans le sac de la fraude et du mensonge l’affaire Cahuzac est révélatrice d’un système. C’est bien pour cette raison que "la classe politique", qui s'apparente de plus en plus à une oligarchie, peut craindre le déferlement d’un torrent de boue dévastateur.

Cette affaire est le symbole et le symptôme d’une société dans laquelle tout continue à devenir marchandise et recherche de profit sans souci de son utilisation et de son utilité. Y compris pour une certaine gauche qui a renoncé à la transformation sociale et s'est convertie au libéralisme (fut-il déclaré "social"). C’est dans les années 1980, en passant au pouvoir, qu’elle a pris goût "pour de bon" aux vertus de "l’entreprise". Depuis plusieurs décennies, ce n’est plus; de fait, l'expérience militante qui compte pour accéder aux responsabilités politiques mais le passage dans les grandes écoles.

Avec les privatisations et l’abandon progressif du service public l’État forme dans ces grandes écoles, aux frais du contribuable d’ailleurs, des "managers" et des dirigeants, qui vont faire le choix du privé plus lucratif et rémunérateur. Dans les entreprises et les services publics ils apportent les méthodes et les objectifs du privé. La fusion entre les affaires et la politique, caractéristique de la droite, s’est bien ancrée à gauche. C'est une banalité de le dire.

Cahuzac c’est UN parmi bien d'autres qui ont fait des choix par ambition personnelle et par souci de carrière en se faisant des amis partout : à droite jusque l'extrême extrême et à gauche. Et c'est la le symptôme de la décomposition même de "l’esprit public" car c’est bien en connaissance de cause de leur position sociale et de leurs valeurs (idéologiques et pécuniaires) que ces énarques et hommes d’affaires, sont recrutés pour exercer les responsabilités politiques. Ainsi le trésorier de la campagne présidentielle de Hollande ne se cachait pas d’être un homme d’affaires, et son choix comme tel par le futur président était dès lors significatif.

Ce ne sont pas les mesures de "transparence", aussi nécessaires soient-elles, qui changeront fondamentalement le système. Les privatisations, la rentabilisation, les partenariats publics/privés, le respect de la concurrence "libre et non faussée", comme le proposait le TCE, portent en eux le respect des règles de "la vie des affaires" et en premier lieu le secret.

Ce n’est pas simplement la fraude qui est en question, c’est une partie de ce qui est aujourd’hui la règle. Il est légal d’exploiter, d’avoir des revenus du capital plus aisés, moins taxés que ceux du travail. Il est légal de récompenser par des primes des dirigeants même quand ils ne remplissent pas leurs objectifs, quand pour le même motif le simple salarié subordonné serait sanctionné.

À l’opposé de ce modèle, il y a – et à chaque printemps le temps des cerises nous le rappelle – la Commune de Paris, le principe d’élection et de révocabilité des responsables politiques et administratifs, leur rémunération correspondant au maximum à celle des ouvriers qualifiés, la subordination du capital au travail, la subordination de l’argent aux besoins humains, le primat du contrôle démocratique et de la décision collective.

Ce modèle, cette utopie réaliste, quel qu'en soient les adaptations nécessaires au monde et aux techniques d’aujourd’hui, demeure une référence. Ce sont ces valeurs qui prospèrent à nouveau et qui permettent d’espérer et d’agir.

Colette Web

 

 

Pour soutenir et participer aux activités de l'Association pour l'Autogestion,

Adhérez !

Bulletin d'adhésion

 
 

Dans le site, ces derniers jours...

pictureTransition énergétique : les défis démocratiques

Cet article a été rédigé pour engager le débat dans le cadre de la préparation du forum sur la transition écologique et énergétique qui se tiendra les 13 et 14 avril 2013 à Villeneuve de Berg en Ardèche.

« Le suffrage donne le droit de gouverner, il n’en donne pas le pouvoir. » (André Gorz-1975).

Dans un contexte de démocratie de plus en plus confisquée, tant au niveau politique qu’économique et de débat totalement usurpé, il n’est probablement pas suranné de formuler quelques remarques liminaires sur les notions de démocratie.
 Continuer la lecture

 
pictureVenezuela : des conseils communaux aux « communeros »

La volonté d’instaurer une démocratie participative n’est pas restée lettre morte dans le processus bolivarien. Mais des lois aux pratiques, la distance reste grande.

Durant ces 14 années de gouvernement bolivarien, un réel effort a été accompli pour transposer les discours sur la participation dans les lois. De la nouvelle constitution aux lois plus récentes, les Vénézuéliens disposent aujourd’hui d’une base juridique réelle pour participer aux décisions qui les concernent.
 Continuer la lecture

 
pictureAmériques Latines : Emancipations en construction

Des liens qui libèrent

Si comme nous rappelle Franck Gaudichaud « la région n’a pas pour autant connu d’expérience révolutionnaire au sens d’une rupture avec les structures sociales du capitalisme périphérique », les nombreuses mobilisations, les expérimentations sociales, y compris dans leurs versants institutionnels, les affrontements partiels avec la logique marchande du capital secouent l’ensemble du sous-continent.
 Continuer la lecture

 
pictureSporos : la graine de solidarité

Sous la pression de l’idéologie dominante, le commerce international est devenu une machine sans visage qui vise la maximisation du profit et dans laquelle, producteurs et consommateurs ne sont plus que des pions. Ce type de commerce a comme conséquences l’exploitation et l’anonymat, la baisse de la qualité des produits au nom du profit et la disparition des relations humaines. Face à cette réalité, de nouvelles pratiques sont apparues en Grèce chez des personnes qui connaissent les règles du marché mais qui croient aussi et encore aux relations humaines et ne sont pas prêtes à les sacrifier.
 Continuer la lecture

 
pictureLa foire à l’Autogestion au Bazar au Bazacle à Toulouse

Un projet de Foire à l’Autogestion est en cours de préparation sur Toulouse à l’initiative de l’organisation Alternative Libertaire. Il est clairement ouvert à tous ceux qui, de près ou de loin, se réclament de l’Autogestion, sans exclusive.

Plusieurs organisations locales ou représentations locales d’organisations nationales ont déjà rejoint le collectif d’organisation. Mais la porte n’est pas fermée et on peut prévoir que cela s’élargira.
 Continuer la lecture

 
pictureDispensaires sociaux grecs : Interview de Giorgos Vichas

En visite en France pour la première initiative publique du Collectif « Solidarité franco-grecque pour la santé » en faveur des dispensaires sociaux, le Docteur Giorgos Vichas nous explique les origines de ce mouvement.

 Continuer la lecture

 
pictureLes entreprises récupérées de l’Argentine à la France avec Sergio Stocchero

A l’initiative de l’Association Autogestion, d’Attac, du Calpa et de France Amérique Latine, une conférence débat s’est déroulée samedi 9 mars 2013 autour de Sergio Stocchero, journaliste argentin d’El Diaro del centro del país. Animée par Baptiste Bloch, cette conférence était composée de trois parties :
   Continuer la lecture

 
picture« Avec les Fralib, de la résistance à l’alternative »: le livre sera disponible le 22 mars

La lutte des Fralib-Thé Éléphant est emblématique. Elle nous montre des salariés qui refusent de baisser les yeux face à Unilever, géant capitaliste de l’agro-alimentaire. Non contents de défier la multinationale, ils ont construit un projet alternatif, celui de créer une société coopérative ouvrière de production, la « SCOP T.I », qui fera appel à des producteurs locaux pour les ingrédients nécessaires à la fabrication des infusions.
Continuer la lecture

 

 

 

  Si vous ne souhaitez plus recevoir la lettre d'information de l'Association pour l'Autogestion, cliquez ici