Lettre d'information de l'Association Autogestion n° 18 - Mai 2013

 

Entrepreneur individualiste ou initiatives collectives ?

Lundi 29 avril, la ministre déléguée aux PME, Fleur Pélerin, était reçue en grande pompe à l'Élysée pour clôturer les travaux de 350 experts sur ses entreprises. L'objectif de François Hollande était de se réconcilier les entrepreneurs mis à mal par une tentative d'alignement de la fiscalité des plus-values sur les revenus et l'affaire des « pigeons ».

Côté façade, les taux spécifiques aux plus-values sont bel et bien abandonnés et les plus-values relèvent de l'imposition au barème progressif de l'impôt sur le revenu. Côté cour, les plus-values bénéficient de taux d'abattement (part exonérée d'impôt) consistant allant de 0 % (moins de 2 ans de détention) à 85 % (plus de 8 ans de détention dans une PME).

Voilà un gouvernement qui, en un an, est passé d'un discours social à un discours entrepreneurial, faisant dépendre le salut du pays du dynamisme de ses entreprises, grandes comme petites, comme en témoigne l'adoption du Crédit d'Impôt Compétitivité.

Sur le front social, après les premières mesures telles que le rétablissement partiel et limité de la retraite à 60 ans, les désenchantements succèdent aux désenchantements. Les plans de licenciements et les fermetures d'entreprises, notamment de grosses PME, se multiplient et ce gouvernement, comme son prédécesseur, s'avère incapable de juguler ces pertes d'emplois en dépit des rodomontades de notre Ministre du redressement productif, autrefois chantre de la démondialisation.

L'affaire Fralib, qui devait se régler dans les six mois à l'issue des présidentielles, traîne en longueur. Les hauts-fourneaux de Florange ont bel et bien été fermés il y a quelques jours. Dans le même temps, un Accord National Interprofessionnel (ANI) qui fait bien plus qu'entamer le droit du travail en permettant à des entreprises d'imposer des réductions de salaires et des mutations forcées a été signé entre le patronat et trois syndicats "représentatifs" (CFDT, CFTC et CFE-CGC). Nous pensions que ces syndicats étaient minoritaires.

Comment expliquer que dans le cadre des élections professionnelles, certes différentes des élections prud'homales, les salariés aient préféré ces syndicats à ceux (CGT et FO) qui se sont opposés à l'accord ?

La période du « grain à moudre », cette période de croissance où les salariés pouvaient prétendre à leur part sans remettre en cause le système est révolue. Même si la croissance revenait, celle-ci serait sans doute désastreuse du point de vue écologique comme en témoigne la situation étasunienne avec les dégâts considérables provoqués par le développement des gaz de schiste.

Sans croissance, les possédants exigent des rendements exorbitants pour les capitaux, rendements qui interdisent de quelconques avancées sociales. Pire la crise devient l'occasion et le modèle technique pour revenir sur toutes les conquêtes sociales depuis le new-deal. C'est la porte ouverte à la paupérisation.

C'est ainsi que l'accord ANI qui est présenté comme un échange de flexibilité contre une protection de l'emploi qui peut sembler, pour certains salariés, comme une solution pragmatique, la seule possible.

C'est ici que nous touchons les limites de l'action strictement revendicative. Réaliser des avancées sociales nécessite de remettre en cause le régime du profit, nécessite de poser la question de la transformation sociale dont le contrôle des entreprises par les salariés et l'orientation de la production dans le sens de l'intérêt général est un élément clé. C'est poser avec l'autogestion la question du pouvoir dans l'entreprise.

C'est le cheminement qu'ont accompli les salariés de Fralib et de bien d'autres, dans leur projet de reprise de l'entreprise sous forme de SCOP.
Si cette démarche doit être accomplie, entreprise par entreprise, c'est un mouvement d'ensemble qui doit se dessiner. Chaque cas de reprise d'entreprise par ses salariés montre combien le régime du marché est la difficulté première à laquelle tous ces projets font face.

Des outils existent, d'autres sont à imaginer pour permettre de s'extraire au moins partiellement de la logique marchande. Intervention des parties prenantes dans la gestion des unités de production, établissement de prix justes et rémunérateurs, déconnexion plus ou moins forte du revenu des travailleurs de l'unité de production de son comportement marchand, appropriation sociale d'un secteur financier.

Telle sont les raisons d'être du séminaire « appropriation sociale, autogestion et coopératives » dans lequel l'Association Autogestion est investie avec d'autres organisations. Permettre de dessiner un dépassement du capitalisme qui seul, permettra de pour donner un nouveau souffle aux revendications sociales, tordre une bonne fois pour toute le cou au mythe de l'entrepreneur individuel et valoriser les vertus de l'initiative collective.   

Colette Web

 

 

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Séminaire Appropriation sociale

pictureProjets de loi relatifs aux reprises d'entreprises par les salariés sous forme coopérative

C’était la première audition tenue dans le cadre du séminaire « Appropriation sociale, autogestion et coopératives » qui portait sur les projets de lois relatifs aux reprises d’entreprises par les salariés sous forme coopérative. Nos deux invité-es étaient François Longérinas (PG, co-animateur au Front de Gauche de l’Economie sociale et solidaire) et Sylvie Mayer (co-animatrice au Front de Gauche de l’Economie sociale et solidaire et députée européenne de 1979 à 1994).
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picturePierre Dardot : la construction du commun

Il s’agit de la seconde audition tenue dans le cadre du séminaire « Appropriation sociale, autogestion et coopératives ». Pierre Dardot, philosophe, spécialiste de Marx et de Hegel, était notre invité ce 27 février 2013. Cette conférence portait sur la relation entre l’appropriation sociale et l’institution du commun. Nous publions ici l’enregistrement vidéo de son introduction ainsi qu’un bref résumé de son intervention.
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pictureDaniel Lescornet : les défis de l'Economie Sociale et Solidaire

Il s’agissait de la troisième audition tenue dans le cadre du séminaire « Appropriation sociale, autogestion et coopératives ». Daniel Lescornet, ancien président de la fédération des mutuelles de France, président de l’association la Fraternité en Art , Sciences et Social, membre du bureau de « l’Appel des Appels » était notre invité ce 18 mars 2013. Il répondait à la question : « l’économie sociale et solidaire est-elle une béquille du capitalisme ou un outil subversif pour dépasser le capitalisme ? » Nous publions ici l’enregistrement vidéo de son introduction ainsi qu’un bref résumé de son intervention.
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Dans le site, ces derniers jours...

pictureZanon sous contrôle ouvrier

Un exemple de lutte contre les fermetures d’usine

avec Raúl Godoy, figure emblématique de la lutte des Zanon, ancien secrétaire général du syndicat céramiste et député ouvrier au parlement provincial de Neuquén (Argentine).

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pictureAmériques latines : Emancipations en construction

Les Cahiers de l’Emancipation, cette Collection de Syllepse qu’anime Antoine Artous, sont par essence un creuset de réflexions essentielles pour notre Association pour l’Autogestion. En témoignent les titres déjà parus dans cette série d’opuscules d’accès facile : Féminisme au pluriel ; Pistes pour un anticapitalisme vert ; Pour le droit à l’emploi; Pour une école émancipatrice.
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pictureCocesola ou l'autogestion totale

La coopérative vénézuélienne Cecosesola montre un exemple à grande échelle d’utopie autogestionaire au quotidien. De la cantine du supermarché à l’hôpital communautaire, chaque action participe à construire une société différente.
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pictureDe l'autogestion, théories et pratiques

Ce livre explore deux aspects de l’autogestion, l’un historique, l’autre actuel, vivant, vivace, fait d’expériences, de réussites et parfois de déboires. Il s’agit d’éclairer une notion essentielle de la lutte des classes : le besoin viscéral de la classe exploitée de prendre ses affaires en main, tant dans l’entreprise que dans la société.
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pictureVenezuela : récupérations d'entreprises, où en est-on ?

Avec l’Argentine, le Venezuela fait partie des pays où l’idée de récupération d’entreprises et de gestion par les travailleurs a été le plus discutée. Pourtant, loin d’avoir ouvert un large chemin vers l’autogestion des entreprises, le processus bolivarien a plutôt créé un sentier escarpé.
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pictureSolidarité avec les Dispensaires sociaux grecs

Les dispensaires sociaux solidaires (DSS) ont été créés suite au Mémorandum de l’Union européenne de décembre 2011 qui a exclu de nombreuses personnes du système de santé. Les DSS sont des organisations de bénévoles réunissant personnels de santé, d’accueil et d’administration dont l’objectif est de fournir des soins aux patients sans couverture de sécurité sociale.
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picture17, 18 & 19 mai : Ambiance Bois fête ses 25 ans

Fondée en 1988, Ambiance Bois est une entreprise pas comme les autres. Elle visait aux yeux de ses fondateurs à expérimenter d’autres manières de travailler qui puissent répondre à leur volonté de vivre le travail sous des modalités différentes de celles qui régissent habituellement le monde de l’entreprise : gestion collective, salaires égaux, partage et polyvalence des tâches, possibilité de temps partiel, tirage au sort du Président.
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picturePourquoi les coopératives du Pays Basque se regroupent – S.Arando

Certaines régions sont connues pour regrouper un grand nombre de coopératives, par exemple, l’Emilie-Romagne ou le Pays Basque sud. Comment expliquer ces regroupements ? Les économistes qui s’intéressent au sujet évoquent des facteurs culturels, institutionnels, mais aussi les avantages indirects de se regrouper entre entreprises coopératives (ce qu’ils appellent des « externalités »). 
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pictureDes initiatives citoyennes pour une gestion sociale des déchets

Les politiques de privatisation de la gestion des déchets aboutissent à la multiplication des incinérateurs. Face à cela, les citoyens se mobilisent. Au-delà de la résistance, l’initiative prosynat construit une alternative écologique qui vise à la réduction des déchets et une gestion décentralisée de leur traitement.
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