Lettre d'information de l'Association Autogestion n° 30 - Juin 2014

 

Elections européennes,

xénophobie,

Etats et autogestion

La campagne sur les élections européennes a été remarquable par sa vacuité. Pourtant, les sujets ne manquaient pas :
- Le traité TAFTA (pour Transatlantic Free Trade Area) ;
- La politique énergétique européenne ;
- Le futur de la PAC ;
- La politique sociale et un SMIC européen ;
- Le rôle de la BCE ;
- Les relations de l'Europe avec les États-Unis, la Chine et la Russie ;

On pourrait rallonger la liste. Or presque rien de tout cela n'a été évoqué. On a préféré mettre en avant certains marchandages dans la composition des listes ou le gadget de l'élection du Président de la Commission par le Parlement européen qui n'intéresse personne.

Cette élection menée avec une surabondance de listes diverses a abouti à un désastre. Dans toute l'Europe, on assiste à une montée des partis xénophobes. C'est bien sûr la France avec son Front national à 25 % mais c'est aussi cette irruption du UKIP au Royaume-Uni qui prône la sortie pure et simple de l'Union européenne, l'émergence de l'Alternative pour l'Allemagne à 7 %, sans parler du Jobbik Hongrois à 15 % et l'Aube dorée grecque à 9 %. Heureusement il existe en Grèce avec Siriza, en Espagne et ailleurs quelques contre-feux.

Comment expliquer un tel retour du nationalisme ?

L'altermondialisme porte peut-être une responsabilité dans ce désastre : celle de son ambiguïté sur la question du rôle de l'État. Ce mouvement a contesté la mondialisation néo-libérale dont une des caractéristiques est la mainmise des multinationales et des marchés financiers sur les États qui aboutissait toujours à des privatisations massives et un démantèlement de l'État-providence.

Deux sensibilités s'expriment dans ce mouvement

Pour les uns, appelons les "sociaux-démocrates", il s'agit de redonner aux États les pouvoirs qu'ils ont perdu face à la finance, de façon à reconstituer l'État social qui existait durant les "Trente glorieuses", d'où l'appel à l'esprit des "Jours heureux" promu par le Conseil National de la Résistance. En clair, il ne s'agit pas de renverser le capitalisme mais de l'encadrer, de permettre qu'émerge un nouveau compromis de classe. Dans cette perspective, le retour en force de l'État est essentiel.

Pour les autres, que l'on peut appeler "internationalistes", il serait vain d'espérer un quelconque retour à un nouveau compromis social : l'heure est au dépassement du capitalisme. Place donc à l'émergence de la démocratie directe, à la gestion des entreprises par les travailleurs et par la population. Cette deuxième tendance exprime une volonté de dépasser le cadre des États-nations, de créer une démocratie généralisée qui fonctionne à tous les niveaux, de l'entreprise et de la commune aux échelons fédérés, portant en elle la constitution d'un nouvel internationalisme. Elle s'inscrit clairement dans une logique autogestionnaire.

Le Front national a su offrir aux jeunes générations un nouveau visage. C'est troublant. Au placard, les nostalgiques de la gégène et de l'Algérie française. Place aux patriotes de tous bords, ceux qui refusent d'être envahis par le "made in China", ceux qui défendent une industrie nationale, ceux qui veulent être « protégés » de l'Étranger. Protégés ? Nous sommes ici au cœur de la problématique social-démocrate. Le capitalisme et le marché font des ravages sociaux ? Le rôle de l'État est de protéger les faibles, les perdants de l'économie marchande, discours parfois tenu à gauche, oubliant trop rapidement le rôle répressif et régressif d'un Etat protégeant la propriété privée des moyens de production. Le Front national ne s'y trompe pas lorsqu'il fait appel au rassemblement de tous "les petits, les obscurs, les sans grade".

Tous acteurs de nos propres vies

La véritable logique de la transformation sociale est que nous devenions tous acteurs de nos propres vies. Il faut une généralisation de la démocratie à tous les niveaux, dans l'entreprise et dans la cité. Ceci signifie qu'il n'y a plus d'actionnaires à nourrir à défaut de les gaver.

Ceci signifie développer la co-activité de tous dans la solidarité, construire du collectif. L'étranger n'est plus un parasite qui, comme le met en avant l'extrême droite, viendrait siphonner les recettes de l'État social mais un être humain qui apporte son travail, sa compétence et sa richesse à la communauté...

Voilà pourquoi l'autogestion tourne le dos aux replis nationaux.

Colette Web

 

Une mention toute particulière pour les Fralib qui ont su tenir tête pendant 1336 jours à une multinationale.

Ils ont gagné et la SCOP Thés et Infusions va exister. Donnons-lui toutes ses chances en achetant demain leur production.

pictureVictoire des Fralib. Une nouvelle histoire commence

Après trois ans et demi de conflit, un accord a été signé entre Unilever et les salariés de Fralib. Cet accord prévoit une contribution financière de 20 millions d’euros de la part d’Unilever au titre des dommages causés par la décision de fermeture de l’usine de conditionnement de thés et d’infusions. La SCOP Thés et infusions va pouvoir se créer et relancer une production de qualité sur le site.
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Sur le site, ces derniers jours...

pictureLe peuple contre la loi des groupes: quelques notes relatives au référendum de Thessalonique #vote4water

Ceci est une vision personnelle du référendum populaire qui a eu lieu à Thessalonique le 18 mai concernant la privatisation. Vous pouvez en savoir plus sur ce référendum ici.

D’abord, d’un point de vue quantitatif :
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picturePapeterie de Docelles : Si Florange avait existé

Le groupe finlandais UPM a décidé de fermer la plus vieille papeterie de France entraînant le licenciement de 161 salariés. Ces derniers ont développé un plan de reprise en SCOP qui a obtenu les financements nécessaires à sa réalisation. Mais UPM refuse de vendre le site et préfère perdre de l’argent plutôt que de maintenir des capacités productives. Les salariés organisaient ce samedi 24 mai une journée portes ouvertes. Continuer la lecture

 
pictureLIP des héros ordinaires

Solange n’existe pas, elle n’a jamais existé, c’est un personnage de fiction comme on en trouve souvent dans les BD. Est-ce un archétype ? Je ne le pense pas. C’est une ouvrière, comme il y en avait tant, des centaines qui, comme elle, travaillaient au montage des montres dans la manufacture LIP. Elle est mariée à Patrick, ouvrier lui aussi, mais plutôt réac ; elle a un fils, Yvon. Non syndiquée, elle participe peu à peu à la lutte, se rend aux réunions du comité d’action. Patrick mène sa petite vie, refusant de voir que celle de Solange change… comme si elle s’accélérait.
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pictureL’économie sociale et solidaire. Quels apports des sciences ?

La septième audition tenue dans le cadre du séminaire « Appropriation sociale, autogestion et coopératives »  a eu lieu le jeudi 11 mars 2014. Le thème de la table ronde était: « L’économie sociale et solidaire. Quels apports des sciences ? Quels rapports à la technique? Qu’attendrait l’ESS comme «production» de nouvelles connaissances ? Que pourrait faire l’ESS pour contribuer à promouvoir «une autre science» que celle formatée par l’économie de la connaissance de Bruxelles ? »
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pictureThessalonique, 18 mai : référendum sur l’eau. Un non, de nombreux Oui

Thessalonique est une métropole vivante et en expansion du nord de la Grèce. Comme le reste du pays, elle est affectée par un chômage croissant et une pauvreté causée par les politiques du gouvernement dictées par la Troïka qui ont plongé l’économie dans une profonde récession.
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pictureCGT 1900 : poussée autogestionnaire – la marque syndicale

Dans un précédent article sur la coopérative l’Égalitaire, nous avions mentionné cette surprenante recommandation du congrès de la CGT de 1900 qui invitait ses militants à s’investir dans les conseils d’administration des coopératives, « ou en créer de nouvelles… et y faire appliquer dans la plus large mesure le principe communiste ». La lecture des textes des congrès de l’organisation syndicale de 1894 à 1914 montre que celle-ci a été alors saisie d’une poussée autogestionnaire autour de deux questions : la marque syndicale et les coopératives.
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pictureLes glaces La fabrique du sud à la Foire à l’autogestion 2014 de Toulouse

Si vous avez suivi les chapitres précédents de cette lutte remarquable, vous savez que « les Pilpa » se sont transformés en « La Fabrique du Sud » une Scop qui fabrique les glaces « la belle Aude ». Des glaces autogestionnaires avec évidemment des produits régionaux, du vrai lait et des vrais fruits, dans des parfums savoureux et une qualité haute de gamme. Continuer la lecture

 
pictureL’Association Autogestion participe à WorkersControl.net

L’Association Autogestion a décidé de s’associer au projet de site international WorkersControl.net en animant sa section française. Elle mettra à la disposition du site ses articles relatifs au contrôle ouvrier et participera activement à des traductions en français d’articles disponibles en d’autres langues.
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pictureDe la coopérative vers l’appropriation sociale

Les projets de reprise d’entreprise par les salariés sous forme coopérative se multiplient. Longtemps ignorée par le mouvement ouvrier, la coopérative de travail redevient à la mode. Cette évolution correspond à une aspiration nouvelle des salariés et participe à la construction  d’un projet politique. On aurait tort de se contenter de regarder ce mouvement d’une façon sympathique sans se saisir de sa portée transformatrice. Continuer la lecture

 

 

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