Lettre d'information de l'Association Autogestion n° 38 - Mars 2015

Quelle autogestion dans

les services publics ?


Le développement accéléré de diverses initiatives autogérées en Grèce et la récente arrivée au pouvoir de Syriza posent des questions nouvelles en terme de conception des services publics. Les précédents gouvernements, appliquant scrupuleusement les recommandations de la Troïka (FMI, BCE et Commission européenne), ont réduit le champ des services publics. Deux exemples emblématiques de cette politique : l'expulsion de millions de résidents du bénéfice de l'assurance-santé et la fermeture immédiate et sans préavis de la télévision publique ERT. Face à cela, les grec-ques ne sont pas resté-es inactif-ves.

La santé et les médias

Des dizaines de Dispensaires Sociaux Solidaires se sont créés dans tous le pays. Rassemblant des professionnels de la santé et autres sur une base bénévole, ils avaient pour fonction d'offrir à toute personne ne disposant pas de moyens et de couverture médicale, des soins de première nécessité. Il ne s'agissait ici nullement de charité mais d'un combat politique. Le droit à l'accès à des soins est un droit humain fondamental qui ne doit pas être l'otage de politiques récessives. En ce sens, ces bénévoles estimaient que leur intervention s'inscrivait dans la lutte pour le retour d'un service public universel et que leurs structures n'étaient que provisoires.

Le 11 juin 2013, le gouvernement fermait purement et simplement la télévision publique ERT en licenciant la totalité de ses personnels. Quelques jours plus tard, des journalistes décident de continuer malgré cela à émettre sous forme de Web TV. Un succès en terme de taux d'écoute dans la mesure où ces journalistes étaient débarrassés de la tutelle de l'état et on pu, grâce à cette initiative, parler librement et sans tabou de la situation grecque, chose impossible dans les média privés.

Quelles transformations ?

Le nouveau gouvernement Syriza a pris l'engagement de mettre un terme aux politiques d'austérité. A l'égard de ces deux exemples, cela revient à réembaucher la totalité des personnels de l'ancienne ERT et rétablir les droits à l'assurance-santé tels qu'ils étaient avant l'entrée en vigueur des politiques de la Troïka. Dans le bras de fer qui oppose le gouvernement grec aux institutions internationales et aux autres gouvernements européens, et compte tenu des débats internes à Syriza et dans la coalition gouvernementale, il est difficile de savoir comment et quand ces mesures se concrétiseront. Mais déjà, des débats émergent pour que tout ne soit pas tout à fait comme avant. Les journalistes de l'ERT souhaitent leur réintégration dans le service public mais pas pour passer à nouveau sous la férule de l'état. Les projets de Syriza prévoient la redéfinition d'un service public renouvelé dans lequel les usagers et les personnels de la télévision définiront ensemble la nouvelle ligne éditoriale. A quel niveau territorial cela doit-il se passer ? Comment usagers et travailleurs-ses du secteur se réapproprieront cet outil ? Avec quels moyens ? Autant de questions qui sont en débat.

Situation plus complexe pour les Dispensaires Sociaux Solidaires. Si officiellement, ils se voulaient des structures temporaires destinées à palier les déficiences de l'état, ils souhaitent à présent poursuivre leur implication dans la construction du bien commun, sans doute pour travailler en amont sur le terrain de la prévention, sans doute le meilleur moyen d'avoir un système de santé efficace et moins coûteux. Ces deux exemples nous montrent que le travail, quand les êtres humains le maîtrisent pour satisfaire leurs propres besoins, (re)redevient ce qu'il n'aurait jamais dû cesser être : l'expression de notre nature humaine dans la réalisation de ce qui fait société, de ce qui fait la nécessité et le plaisir de vivre ensemble. Nous retrouvons ces mêmes traits dans les nouveaux rapports au travail qui commencent à se créer dans les reprises d'entreprises par les salariés.

Annuler la dette, c'est pourtant facile !

De nouvelles potentialités pour l'autogestion apparaissent. Ces expériences ont évidemment participé à cette configuration politique : pour ne pas se limiter à une « autogestion de la misère », il fallait coûte que coûte se débarrasser des gouvernements qui appliquaient les politiques de la Troïka. C'est désormais chose faite mais les récentes négociations nous montrent combien la voie est délicate. L'annulation d'une grande partie de la dette grecque est la clé qui permettra à ce gouvernement de rompre avec ces anciennes politiques. La France détient 44 milliards de cette dette. En annulant 30 milliards, et si tous les autres gouvernements européens le faisaient dans les mêmes proportions, l'endettement de la Grèce serait diminué de moitié, ce qui le ramènerait à la moyenne européenne. Pendant des années, les grandes sociétés européennes ont profité du creusement de la dette grecque pour écouler de l'armement, des automobiles et autres biens et services... En 2013, nos sociétés françaises ont distribué 78 milliards de dividendes. En ne ponctionnant que seulement 5 % de ceux-ci tous les ans, ce serait budgétairement neutre au bout de huit ans... Pourquoi ne le fait-on pas ?

Colette Web

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Sur le site, ces derniers jours...

pictureSur l'autogestion, une interview de Pierre Zarka

Dans une intervention récente à Ensemble! tu déclarais : « Nous sommes au pied du mur sur quelques questions d'orientation qui, mises ensemble, forment un verrou de la situation. […] Nous avons l'obligation d'une démarche autogestionnaire. Il y a un lien : si on doit affronter le capital directement, la question « où trouver la force de le faire ?» devient primordiale. à mon sens, le silence actuel du Front de Gauche est moins dû à tel ou tel qu'à l'esquive devant la nécessité de sortir de modes politiques qui ont largement fait leur temps. » Ces remarques font largement référence à l'autogestion. Il est donc important de revenir sur cette question.
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pictureDocelles : l'arrogance d'une multinationale

Quelques anciens salariés de la papeterie de Docelles accompagnés du Maire, Monsieur Christian Tarantola, ont fait le voyage à partir des Vosges pour se rendre au siège d'UPM France à Levallois-Perret, afin de remettre à la multinationale la « rançon » que celle-ci a obtenue lors d'un jugement du Tribunal de commerce en septembre 2014. L'occasion de médiatiser un conflit social et un projet de SCOP qui semble aujourd'hui quelque peu oublié de la part d'un gouvernement qui affirme pourtant agir en faveur de l'emploi…
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picture14 février 2015 : Assemblée générale de l'Association Autogestion

Une trentaine de membres ont participé à l'assemblée générale de l'association pour une journée riche en contenu. A noter que se tenait au même moment l'AG des Amis de la Fabrique du Sud à laquelle assistaient des membres de notre association. Le matin a été consacré aux différents aspects des rapports d'activité, financier, au fonctionnement de l'association présentés par R. Neuville, B. Borrits, C. Samary et R. Morder.
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pictureABC Coop : une expérience de gestion ouvrière sous le signe de la lutte des classes

La ville de Colonia del Sacramento est surtout connue pour la richesse de son patrimoine historique, qui lui a permis d'être classée au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1995. Outre son caractère touristique dû à son charme architectural et urbanistique, elle est également une ville de transit entre Buenos Aires et Montevideo. Au hasard des déambulations dans le centre-ville, l'oeil du visiteur ne manque pas d'être interpellé par la vision d'autobus rouge et noir ornés d'énormes inscriptions latérales « GESTIÓN OBRERA » desservant la ligne qui relie le centre historique et le quartier Real San Carlos. Récit d'une visite réalisée les 7 et 8 octobre 2014.
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Je commence par le Cahiers de l'OMOS : Entreprise et appropriation sociale.

Michel Mas souligne quelques éléments de l'expérience collective des Amis de la Fabrique du Sud (ex-Pilpa). Scop, re-municipalisation, s'extraire des circuits traditionnels financiers…

Gigi Malabarba parle de Rimaflow, une usine récupérée à Milan, de la bataille pour obtenir une « concession d'utilisation gratuite ». Il souligne aussi la nécessité de coordonner les expériences de réappropriation sociale, entre elles et avec les réseaux pour la défense des biens communs. Continuer la lecture

pictureGilbert Marquis : un militant de l'autogestion et de l'internationalisme

Gilbert Marquis vient de s'éteindre. Né en 1930 dans une famille ouvrière d'origine paysanne, ayant commencé à travailler très tôt (vendeur de journaux à 11 ans) il est ouvrier à l'usine Chausson quand il rencontre l'autogestion en Yougoslavie en 1949 ; Il participe en effet – comme tant d'autres – tel Felix Guattari[1]– aux brigades de solidarité organisées par la Quatrième internationale en soutien à une révolution menée sous la direction de Tito contre la volonté de Staline.
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à l'heure où le peuple grec vient de porter au pouvoir la gauche radicale, il est utile de rappeler les nombreuses initiatives autogérées qui se sont organisées depuis quelques années. Elles étaient le signe patent que les grecs constituaient, face à la défaillance de l'état, les bases d'un autre pouvoir. C'est particulièrement vrai sur les questions de santé. L'Association Autogestion a chroniqué nombres d'entre elles. En voici une sélection de dix articles.
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pictureOccuper, résister, produire : Rimaflow

Un documentaire sur une entreprise récupérée à Milan. Un film de Dario Azzellini et Oliver Ressler.

L'usine Maflow de Trezzano sul Naviglio, basée dans la périphérie industrielle de Milan, faisait partie de la multinationale italienne de pièces détachées automobile Maflow, un des leaders mondiaux de conduits pour air conditionné. Bien que ne souffrant pas des conséquences de la crise et ayant assez de clients pour poursuivre la production, Maflow a fermé en 2009 suite à une faillite frauduleuse.
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Les dispositions sur le « secret des affaires » viennent d'être finalement retirées du projet de loi Macron. Elles auraient grandement handicapé, voir rendu impossible, les investigations des journalistes comme les précieuses révélations des « lanceurs d'alerte ». Ce secret des affaires concerne également les salariés, car – et c'est l'occasion d'y revenir – leurs représentants sont, dans certains cas, présents dans les conseils d'administration ou de surveillance d'entreprises.
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