Ce livre intéressera tous ceux qui souhaitent que l’économie capitaliste ne soit qu’une étape dans la jeune histoire de l’évolution économique. Elisabeth Bost y relate quinze ans d’expérimentations économiques coopératives, dans un style clair, à la portée de tous et en s’appuyant sur beaucoup d’exemples concrets.

L’ouvrage ne s’étend guère sur la critique du système économique capitaliste (injuste et destructeur) mais se concentre sur la description des expériences concrètes de l’auteure, dont le but est l’ «émancipation personnelle et collective », à travers le « véritable projet de changement de société » que constituent les Coopératives d’activité et d’emploi, et dont un bon exemple est Coopaname (http://www.coopaname.coop/).

Le concept

Les Coopératives d’activité et d’emploi (CAE) ont pour but de modifier le rapport au travail :

  • faire ce qu’on aime : effectuer un travail de qualité, à son rythme, sans hiérarchie, en laissant une place importante à la vie privée.
  • Travailler collectivement (loin de la solitude, du stress et des préoccupations à très court-terme l’entrepreneur individuel) en échangeant des pratiques (« gestion de stock », « compta », « culture coopérative »).
  • Etre déchargé des tâches administratives et comptables.
  • Conserver une couverture sociale : il peut falloir plusieurs années avant de pouvoir se verser un salaire qui permette d’être autonome. La CAE permet de bénéficier d’une couverture sociale de salarié.
  • S’autonomiser, en substituant progressivement un revenu d’activité à revenu social.

Elles sont en cela différentes des autres solutions proposées au fil des années par les pouvoirs publics pour tenter de résorber le chômage de masse (couveuses, pépinières, société de portage salarial et autres boutiques de gestion qui obéissent à la logique capitaliste classique)

L’historique de l’idée de CAE

Dans un contexte de chômage et de montée de l’idéologie néolibérale de la fin des années 70, l’entreprise individuelle est mise en avant par les pouvoirs publics. Des politiques publiques visant d’abord les cadres au chômage, puis tous les demandeurs d’emploi, encouragent la création d’entreprises individuelles : business plan, recours aux banques, emprunts hypothécaires et inscription au registre du commerce.

Par manque d’expérience (de la gestion, de la vente, et des formalités administratives) et à défaut d’un mécanisme de partage des risques, une part significative de ces expériences s’acheva par des faillites, aggravée par la perte des droits sociaux et des biens (logement) garantissant les emprunts.

Après l’accompagnement, les politiques publiques favorisèrent les couveuses d’activité. Juridiquement, il s’agissait d’associations accueillant des « porteurs de projets » pour une durée limitée, afin de tester la viabilité économique de leur idée. A l’issue d’une sélection en fonction du succès rencontré, le projet donnait ou pas lieu à une création d’entreprise individuelle. L’aspect collectif se résumait uniquement au regroupement temporaire des bénéficiaires du conseil et de l’accompagnement.

En s’inspirant d’une coopérative d’artisans tisseurs, l’auteure imagine une Scop multi-activités, Cap Services, qui accueille des porteurs de projet ne souhaitant pas spécifiquement devenir patrons, mais vivre de l’activité qu’ils ont choisie, à leur rythme, de manière pérenne, et tout en conservant le bénéfice de la protection sociale de salariés.

Ces entrepreneurs salariés versent 10% de leur résultat hors taxes pour financer cette CAE. Dans un premier temps, ils en sont salariés, puis peuvent devenir sociétaires moyennant une participation au capital. Comme dans une Scop classique (dont se distingue toutefois la CAE par sont caractère multi-activités) :

  • les décisions importants sont prises démocratiquement suivant le principe « 1personne=1 voix », quel que soit le nombre de parts détenues.
  • Les bénéfices sont partagés pour rémunérer le travail sous forme de salaires, le capital sous formes de dividendes distribué aux sociétaires, et enfin sont en partie ajoutées aux réserves impartageables de l’entreprise, pour la consolider.

La circulation de l’information est assurée – par exemple chez Coopaname – par des réunions mensuelles qui donnent à débat entre membres, sociétaires ou non, sur les sujets importants (communication et promotion de la CAE, formation, recherche, finances, protection sociale).

Les CAE aujourd’hui et demain

Selon les chiffres de l’auteure, en 2008 le nombre de CAE en France avoisinait 80, regroupant à peu près 4000 entrepreneurs. Coopaname, CAE d’Ile de France, compte 500 salariés, dont 300 coopérateurs. Les secteurs représentés sont l’artisanat, les services au particuliers, aux entreprises, la communication et les TIC, le commerce.

Ces chiffres sont en croissance constante depuis la fin des années 90, ce qui appelle des questions sur le passage à l’échelle des CAE. De nombreuses problèmes restent à régler pour les membres des CAE (statut juridique des entrepreneurs-salariés, préservation du mode de décision démocratique malgré l’augmentation de la taille…), mais l’optimisme s’impose pour Elisabeth Bost : les conditions de travail s’amélioreront, les CAE se renforceront par la mutualisation des risques, et s’appuyant les unes-les autres par un effet de réseau.

 

« Aux Entreprenants Associés, la coopérative d’activités et d’emploi », Elisabeth Bost, éditions Repas, 2011.

 

Webographie :

  • www.aux-entreprenants-associes.fr/
  • Réseau Repas http://www.reseaurepas.free.fr/ (Réseau d’échanges et de pratiques alternatives et solidaires) : « regroupe une trentaine d’entreprises dans toute la France. Celles-ci ont concrètement mis en œuvre des pratiques économiques qui ont d’autres objectifs que le profit, la course à la consommation ou le tout à l’économie et qui inscrivent leur sens dans le concret de pratiques libres et solidaires ».
  • Revue internationale de l’économie sociale (Recma), http://www.recma.org/node/1368

 

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