Une conférence sur la socialisation du secteur automobile intitulée « Industrie automobile, qui conduit ? » s’est tenue le jeudi 8 février à l’Union syndicale Solidaires. Cette réunion publique était co-organisée par Le réseau (AAAEF), l’Association Autogestion, les ATS, l’OMOS, SEGA, l’Union syndicale Solidaires. Nous publions ici des éléments de compte-rendu de cette réunion.

Le débat a été successivement introduit par Pierre Nicolas, syndicaliste Ugict-CGT de Renault, et Marc Tzwange, syndicaliste Solidaires de Renault. Ces intervenants ont abordé la question à partir de deux angles totalement différents.

Pierre Nicolas a choisi de présenter les évolutions du groupe Renault en partant de la Régie nationalisée des usines Renault (RNUR) pour le comparer au groupe actuel qui est en alliance avec Nissan et Mitsubishi. Il a insisté sur l’extrême sensibilité de ce secteur aux conjonctures économiques qui explique les restructurations capitalistiques très rapides qui se produisent dans cette industrie. Il a montré la forte baisse des effectifs industriels en France sur cette période (de 100 000 à moins de 20 000), le point de bascule récent où le nombre de voitures Renault achetées en France dépasse celui des voitures assemblées dans ce même pays (Renault devient un importateur net de voitures). Il a ensuite concentré sa présentation sur l’alliance Nissan Renault (participation croisée) en soulignant que l’essentiel des dividendes distribués par le groupe Renault provient de Nissan. Cette alliance, dirigée selon un schéma que Pierre Nicolas assimile à l’ancien régime, a littéralement externalisé l’essentiel de la production (80 % selon lui) aussi bien dans la recherche que dans la production proprement dite, aboutissant à ce qu’il appelle une « hypertrophie de la gouvernance ». Après avoir détaillé l’évolution des rapports de travail, il a montré en quoi le groupe Renault s’autofinance largement et est aujourd’hui une machine à stocker des liquidités, liquidités essentielles en cas de retournement de conjoncture. Après avoir détaillé son actionnariat, il en conclura que le PDG est seul à détenir le véritable pouvoir.

Selon lui, cette organisation est totalement inefficace en terme de productivité et les multinationales ont compensé cette stagnation de la productivité en transférant des pans entiers de production dans des pays à bas coût de main d’œuvre. Mais cette évolution n’est pas réplicable à l’infini : désormais, les travailleur-ses de ces pays arrivent à imposer des augmentations salariales… Sa conclusion porte sur la nécessité d’une socialisation du secteur automobile du fait de l’inefficacité de la structure hiérarchique actuelle. Il développe ensuite des pistes pour une socialisation progressive de l’entreprise par un changement de règles selon lesquelles les salarié-es bénéficieraient collectivement et tous les ans d’une part croissante de l’entreprise leur permettant d’être majoritaire en quelques années.

Présentation de Pierre Nicolas

Après avoir rappelé qu’il était anciennement à la CGT et, qu’à la suite de désaccords, il a rejoint Sud en 2007, Marc Tzwange a choisi de questionner le contenu même de la socialisation. Il a structuré son propos autour de cinq questions :

  • Quels sont les acteurs de la socialisation ?
  • Que socialise-t-on ?
  • Comment le fait-on ? Comment socialise-t-on ?
  • Que faire de ces entreprises socialisées ?
  • Que faire de Renault SAS ? De l’industrie automobile ?

On comprend à l’énoncé de ces questions, que l’appropriation sociale posée par Marc Tzwange va au-delà d’un transfert de propriété entre des actionnaires et les travailleur-ses de l’entreprise. Après avoir développé le contenu de ces interrogations, Marc Tzwange a abordé le lien entre industrie automobile et crise écologique pour ensuite poser la question de produire autrement dans le contexte d’une planification écologique. Il plaide donc pour une reconversion écologique de l’industrie automobile dans une optique autogestionnaire que conduiront les travailleur-ses en association avec la population et aidé-es d’experts et de contre-experts.

Présentation de Marc Tzwange

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