Le Tribunal de Grande Instance de Marseille a rendu son verdict suite à l’assignation en référé de la Direction d’Unilever contre les salariés qui ont occupé l’usine le 11 mai 2012 : les salariés ne sont pas expulsables avant fin mai, délai donné pour que s’engage une réelle négociation sur l’avenir du site. Il s’agit d’une grande victoire des salariés de Fralib et une question est sur toutes les langues : que va faire le gouvernement Hollande-Ayrault en faveur des salariés pour contraindre le groupe Unilever a négocier sérieusement ?

Fralib est un conflit qui dure depuis maintenant presque deux ans depuis que le groupe Unilever a décidé de fermer sa dernière usine de conditionnement de thés et d’infusions en France. Rappelons pour mémoire qu’il y a dix ans, ce groupe aux profits gigantesques a déjà procédé à la fermeture de son usine de Rouen et fait déménager certains salariés à Gemenos (13) pour aujourd’hui délocaliser la production en Pologne.

Face à cela, les salariés ont toujours refusé la perspective de la fermeture de cette usine en définissant un plan alternatif de sauvergarde de l’emploi et de l’outil industriel. Ce plan consiste à exiger d’Unilever la cession de la marque L’Elephant, vieille marque marseillaise de plus de cent ans, et de l’outil industriel aux salariés avec un plan dégressif de commandes et de fournitures à la nouvelle entité, ce qui permettra aux travailleurs de Fralib de se retourner commercialement afin de trouver de nouveaux débouchés. Rappelons que ce plan va au-delà de la simple reprise en SCOP par les salariés et intègre la perspective d’une relance d’une filière locale de produits aromatiques et de développement du commerce équitable avec les pays du Sud.

Face à cela, la direction d’Unilever a présenté successivement deux Plan de « Sauvegarde » de l’Emploi, deux plans qui ont été retoqués au Tribunal d’Instance de Marseille. La direction est en effet incapable de justifier économiquement cette fermeture, cette entité étant dirigée par une structure du groupe basée en Suisse et qui contrôle ses achats comme ses ventes : Fralib ne dispose d’aucune autonomie de gestion. Plutôt que d’engager une négociation avec les salariés, Unilever persiste et a présenté un troisième PSE, lequel a été accepté par le Tribunal en première instance le 20 avril 2012 (rappelons que le deuxième PSE a été débouté en appel). La direction s’est alors empressée de profiter de cette opportunité avant les élections présidentielles pour tenter de déménager l’outil industriel de l’usine. C’est pourquoi les salariés ont investi et occupé l’usine le vendredi 11 mai.

La Direction a alors répliqué en initiant une procédure en référé au Tribunal d’Instance pour expulser les salariés du lieu de travail. Ce Tribunal a rendu son verdict et laisse un répit aux salariés jusqu’à fin mai. Plus que jamais, la négociation doit s’engager pour la mise en œuvre du projet alternatif présenté par les salariés. Quelle sera l’attitude du nouveau gouvernement Hollande-Ayrault ? Il est urgent, au travers du cas Fralib, de donner un coup d’arrêt aux délocalisations de production de la part de groupes multinationaux aux profits sans limite. Si ceux-ci veulent arrêter la production, qu’ils la laissent alors aux salariés qui sont les mieux à même de gérer et maintenir celle-ci.

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