La lutte des Fralib continue. Le 17 novembre 2011, le tribunal d’instance de Marseille a invalidé le plan de licenciement des salariés de Fralib. La production doit donc reprendre. Dans une note de service du 8 décembre 2011, la direction de l’entreprise a indiqué que la réouverture après les congés de Noël était fixée au mardi 3 janvier. Ce jour-là, 70 salariés étaient présents dès 7 heures en présence des médias et ont constaté une nouvelle fois l’absence de la direction…
Au cours d’une soirée-débat organisée à Aubagne, Olivier Leberquier, secrétaire et délégué syndical CGT, était intervenu sur la question du rapport au pouvoir du mouvement en cours, des luttes dites «sociales». Dans la foulée de cette réunion a suivi un échange avec Pierre Zarka. Olivier Leberquier a répondu aux questions que Pierre Zarka lui a posées pour Cerises.

Quel est le prochain objectif que vous vous fixez ?

L’objectif que nous nous sommes fixé reste le même depuis le début de notre lutte, à savoir le maintien de l’activité industrielle sur notre site et des emplois qui l’accompagnent.

À ton avis les salariés sont-ils capables de devenir des gestionnaires d’entreprises ?

Je ne sais pas sur quelle structure juridique nous déboucherons, mais ce que je sais, c’est que si la solution passe par la gestion par les salariés de l’entreprise, bien sûr nous en sommes capables, d’autant plus que, pour nous, il ne sera pas question de rémunérer grassement des actionnaires.

Votre lutte ne dépasse-t-elle pas le cadre traditionnel de la revendication pour finalement aborder une question de pouvoir ? Dit autrement, ne s’agit-il pas aujourd’hui que les luttes contiennent en elles la question : qui a le pouvoir d’agir sur l’économie ?

Bien sûr que notre lutte n’est malheureusement pas ce que l’on retrouve traditionnellement dans ce genre de situation. Sans porter de jugement sur d’autres camarades dans la même situation que nous (la lutte c’est difficile et très compliqué), trop souvent les salariés luttent pour obtenir une indemnité de licenciement supérieure, pensant que c’est la seule chose qu’ils peuvent encore obtenir et que cela va leur permettre de rebondir individuellement. Nous sommes convaincus que l’intérêt collectif est de se battre sur le fond et de combattre notre adversaire sur la réappropriation de la richesse qu’il nous a injustement prise depuis plusieurs décennies. Il est certain que notre lutte pose le problème des décideurs. Pour nous, nous sommes convaincus qu’il n’y a pas de fatalité, c’est facile de dire que les politiques n’ont plus le pouvoir et qu’ils ne peuvent rien faire, que les grands groupes détiennent les rênes de l’économie. C’est une question de volonté politique, ils ont le pouvoir de légiférer, s’ils ne le font pas, c’est parce qu’ils ne veulent pas que ça change. L’Amérique latine nous montre l’exemple à suivre.

Si ce type de luttes s’étendaient, est-ce que cela ne poserait pas dans des termes différents les rapports entre luttes et politique ? En quoi ?

Bien sûr que si ce type de lutte se développait, cela pousserait les politiques, notamment ceux qui veulent voir ce système réellement changer (malheureusement je pense qu’ils ne sont pas très nombreux) là où ils ont le pouvoir de légiférer dans ce sens.

Dès lors l’indépendance syndicale n’implique-t-elle pas de ne rien déléguer aux partis politiques, pas même l’élaboration des mesures nécessaires à la société ? et cela n’implique-t-il pas des rapports nouveaux avec les élus ?

Je pense que l’indépendance syndicale a fait beaucoup de mal au monde ouvrier. Le combat que nous menons ne pose quasiment que des problèmes politiques, tous les sujets sont politiques. Nos adversaires ne se trompent pas : le MEDEF est en lien direct avec l’UMP, nombreuses sont les lois élaborées par le MEDEF et mises en application par le gouvernement actuel. Bien sûr qu’il faut que de nouveaux rapports entre syndicats et élus s’instaurent. Il faut que le monde du travail reprenne le pouvoir et pèse de tout son poids dans les décisions politiques.

Dossier établi par Michèle Kiintz et Pierre Zarka pour Cerises, n°125.

 

Au cours d’une soirée-débat organisée à Aubagne,
Olivier Leberquier, secrétaire et délégué syndical
CGT, était intervenu sur la question du rapport au
pouvoir du mouvement en cours, des luttes dites
“sociales”. Dans la foulée de cette réunion a suivi un échange
avec Pierre Zarka. O. Leberquier a répondu aux questions
que P. Zarka lui a posées pour Cerises.
Quel est le prochain objectif que vous vous fixez ?
L’objectif que nous nous sommes fixé reste le même depuis le
début de notre lutte, à savoir le maintien de l’activité industrielle
sur notre site et des emplois qui l’accompagnent.
A ton avis les salariés sont-ils capables de devenir des
gestionnaires d’entreprises ?
Je ne sais pas sur quelle structure juridique
nous déboucherons, mais ce que je sais,
c’est que si la solution passe par la gestion
par les salariés de l’entreprise, bien sûr nous
en sommes capables, d’autant plus que, pour
nous, il ne sera pas question de rémunérer
grassement des actionnaires.
Votre lutte ne dépasse-t-elle pas le cadre
traditionnel de la revendication pour
finalement aborder une question de pouvoir ? Dit autrement,
ne s’agit-il pas aujourd’hui que les luttes contiennent
en elles la question : qui a le pouvoir d’agir sur
l’économie ?
Bien sûr que notre lutte n’est malheureusement pas ce que l’on
retrouve traditionnellement dans ce genre de situation. Sans
porter de jugement sur d’autres camarades dans la même
situation que nous (la lutte c’est difficile et très compliqué),
trop souvent les salariés luttent pour obtenir une indemnité
de licenciement supérieure, pensant que c’est la seule chose
qu’ils peuvent encore obtenir et que cela va leur permettre de
rebondir individuellement. Nous sommes convaincus que l’intérêt
collectif est de se battre sur le fond et de combattre notre
adversaire sur la réappropriation de la richesse qu’il nous
a injustement prise depuis plusieurs décennies. Il est certain
que notre lutte pose le problème des décideurs. Pour nous,
nous sommes convaincus qu’il n’y a pas de fatalité, c’est facile
de dire que les politiques n’ont plus le pouvoir et qu’ils ne
peuvent rien faire, que les grands groupes détiennent les rênes
de l’économie. C’est une question de volonté politique, ils ont
le pouvoir de légiférer, s’ils ne le font pas, c’est parce qu’ils
ne veulent pas que ça change. L’Amérique latine nous montre
l’exemple à suivre.
Si ce type de luttes s’étendaient, est-ce que cela ne poserait
pas dans des termes différents les rapports entre
luttes et politique ? En quoi ?
Bien sûr que si ce type de lutte se développait, cela pousserait
les politiques, notamment ceux qui veulent voir ce système
réellement changer (malheureusement je pense qu’ils ne sont
pas très nombreux) là où ils ont le pouvoir de légiférer dans ce
sens.
Dès lors l’indépendance syndicale n’implique-
t-elle pas de ne rien déléguer
aux partis politiques, pas même l’élaboration
des mesures nécessaires à la
société ? et cela n’implique-t-il pas des
rapports nouveaux avec les élus ?
Je pense que l’indépendance syndicale a fait
beaucoup de mal au monde ouvrier. Le combat
que nous menons ne pose quasiment que
des problèmes politiques, tous les sujets sont
politiques. Nos adversaires ne se trompent pas : le MEDEF est
en lien direct avec l’UMP, nombreuses sont les lois élaborées
par le MEDEF et mises en application par le gouvernement
actuel. Bien sûr qu’il faut que de nouveaux rapports entre syndicats
et élus s’instaurent. Il faut que le monde du travail reprenne
le pouvoir et pèse de tout son poids dans les décisions
politiques.
● dossier établi par Michèle Kiintz et Pierre Zarka
Iconographie extraites du site http://cgt.fralibvivra.over-blog.com/
Le combat
que nous menons
ne pose quasiment
que des problèmes
politiques, tous
les sujets sont
politiques.
La portée politique du combat des Fralib
Entretien avec un délégué syndical CGT
Aidez les salariés en lutte pour Fralib

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