Approsociale3La cinquième audition tenue dans le cadre du séminaire « Appropriation sociale, autogestion et coopératives »  s’est tenue le mercredi 13 novembre 2013. Pierre-Yves Chanu, économiste à la CGT venait débattre des propositions de financement pour les reprises et créations d’entreprise par les salariés. Nous publions ici l’enregistrement vidéo de son introduction ainsi qu’un bref résumé de son intervention.

 

 

 

Pierre-Yves Chanu a rappelé que la reprise d’une entreprise par ses salariés peut être un débouché de la lutte mais aussi une solution pratique en cas de départ à la retraite du chef d’entreprise dans le cadre de PME 1 et de TPE 2. Il précise que deux conditions doivent être réunies pour le succès d’une telle opération : qu’il y ait une volonté réelle des salariés de reprendre l’entreprise et que la viabilité économique de celle-ci soit réelle.

Après avoir mentionné que la CGT est depuis longtemps présente dans le champ de l’Économie Sociale et Solidaire, et qu’elle revendique l’élargissement du pouvoir des salariés à la gestion de l’entreprise, il rappelle que les projets de reprises butent souvent sur la question du financement. Les propositions de la CGT se situent dans le cadre du projet de Pôle Financier Public, projet dont l’objectif ne se limite pas au financement des seules reprises d’entreprises par les salariés.

Dans la plupart des cas, il est nécessaire de mobiliser des fonds qui vont au-delà des capacités financières des salariés. Ainsi dans les TPE, le total de bilan moyen par salarié s’établit à 213 000 euros. On comprend alors que dans les PME ou ETI 3, on parle rapidement de dizaines de millions d’euros. Il va donc de soi que l’effet de levier sera très important et que, paradoxalement, ceci nous fait penser aux LBO que nous critiquons. Or comme les marchés financiers dictent leurs normes de rendement aux banques et établissements de financement, il convient de disposer d’autres outils pour ces reprises.

On dispose de peu d’outils à ce jour. La BPI a été instituée l’année dernière et seule une ligne de crédit de 500 millions d’euros est destinée à l’ensemble de l’Économie Sociale et Solidaire. Il existe aussi le réseau France Active auquel la CGT participe mais qui ne répond pas exactement au besoin puisque plus centré sur l’IAE 4.

La CGT défend un projet de reconquête industrielle. Le projet de Pôle financier public s’appuierait sur la mise en réseau des institutions financières publiques et para-publiques pour une coopération avec les banques commerciales et tout particulièrement le réseau mutualiste et coopératif.

LA CGT propose donc un Livret Epargne Industrie pour l’emploi au service du développement de l’industrie, dont la reprise d’entreprises ne serait qu’un des volets. En complément, des Fonds régionaux pour le développement solidaire des territoires dans lesquels l’intervention des salariés serait primordiale interviendraient pour que l’usage des fonds soient pertinents.

Si la CGT n’a jamais été favorable à l’épargne salariale, celle-ci appartient aux salariés et regroupe aujourd’hui 90 milliards d’euros. Or elle est aujourd’hui investie dans des grandes capitalisations qui n’ont guère besoin de cet argent d’autant que le placement se fait sur le marché secondaire. On a évoqué l’idée de créer un FCPE 5 PME. La CGT n’y est pas trop favorable car le risque serait supérieur au risque classique et ce fonds serait de taille restreinte. Elle préfère une solution de gestion de cette épargne connectée au Pôle financier public et aux Fonds régionaux dans lesquels les salariés seraient associés aux choix réalisés.

La CGT s’implique d’ores et déjà dans des réalisations concrètes. Il mentionne ainsi l’exemple du Fonds Régional Rhône-Alpes. Bien que cela se fasse sur des montants limités, il conclut en indiquant qu’il est important de travailler à des solutions qui seraient des alternatives aux marchés financiers.

 

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Notes:

  1. Petites et moyennes entreprises : de 10 à 250 personnes.
  2. Très petites entreprises : moins de 10 personnes.
  3. Entreprises de taille intermédiaire.
  4. Insertion par l’activité économique.
  5. Fonds commun de placement d’entreprises.