Cette banque a été créée au Conjunto Palmeiras, favela située à vingt kilomètres de Fortaleza, dans le Nordeste brésilien. L’origine de ce quartier remonte à 1973, lorsque la mairie de Fortaleza expulsait massivement les habitants du centre ville vers cette « zone » oubliée de la civilisation dans laquelle ses habitants n’avaient aucun accès à l’eau, à l’électricité, à l’assainissement et aux transports. Ce quartier a été profondément transformé grâce à l’action de ses habitants et la présence d’un ancien séminariste, Joaquim Melo, qui s’y installera en 1983.

Si, suite à différentes luttes, cette favela a obtenu progressivement droit de cité et l’accès aux services de base, il n’en reste pas moins que de nombreux habitants vendaient leurs maisons fraichement rénovées et quittaient ce quartier. Loin d’être le résultat d’une spéculation immobilière, ce phénomène s’expliquait par les besoins immédiats d’argent que peuvent avoir les habitants, la vente de la maison étant souvent la seule solution. Ceci renvoie à un constat incontournable : même si le quartier et ses habitations ont été rénovés, ses habitants restaient pauvres.

En dépit d’apport d’argent public, le cercle infernal de la pauvreté n’a nullement été enrayé. La raison de cette pauvreté est l’absence d’activité locale. Certains de ces habitants reçoivent des revenus de l’extérieur, que ce soient des revenus d’activité ou d’aide publique, mais cet argent est toujours dépensé à l’extérieur de la communauté.

C’est ainsi qu’a germé l’idée de créer une banque communautaire qui accorderait des prêts à des unités locales de production, prêts qui auraient les meilleures chances d’être remboursés si en contrepartie, cette banque stimulait aussi une demande locale à l’égard de ces entreprises. Cette demande sera créée par la PalmaCard : une carte de crédit destinée aux habitants qui ne peut être utilisée que chez les commerçants auxquels la banque va accorder une ligne de crédit.

C’est ainsi que Banco Palmas naîtra le 21 janvier 1998 avec une aide initiale de 2 000 Rs consentie par une ONG liée au CCFD : Fapag. Ce capital de départ a permis d’accorder 4 prêts à des commerçants pour un montant total d’environ 500 Rs et de délivrer 20 premières PalmaCard. Le succès de la formule a été immédiat et Banco Palmas va rapidement chercher d’autres sources de financement. Un mois plus tard, Oxfam accordera une aide 15 000 Rs suivie d’un autre apport de 6 000 Rs de GTZ, organisme allemand de coopération. Six mois plus tard, Banco Palmas disposera de 30 000 Rs d’encours.

Fin 1998, ce modèle était éprouvé : 170 crédits à la production ont été accordés et 370 PalmaCard étaient en circulation. Outre l’aide ponctuelle à des activités économiques déjà existantes, ces différentes lignes de crédit ont permis de financer une école de formation professionnelle (« Bairro Excola de Trabalho »), Palma Fashion (coopérative de couturières), un incubateur de projets économiques pour les femmes, un espace emploi et une petite société de produits d’entretiens.

Devant le succès de cette première phase, Banco Palmas s’est intéressée aux monnaies locales, notamment celles qui émergeaient en Argentine dans la foulée de la crise de 2001. La banque a expérimenté une monnaie fonctionnant sur le mode des Systèmes d’Échanges Locaux (SEL) mais elle s’est vite aperçue des limites de l’expérience : c’est effectivement un bon moyen de stimuler les échanges locaux mais il ne permet nullement de générer un réel développement.

Un peu plus tard, aidée par une association néerlandaise de soutien aux monnaies locales, Strohalm, elle décide de financer la construction d’une école de formation, construction dont les travailleurs sont payés dans une nouvelle monnaie : le Palmas. Bien que le budget initial ait été significatif, 50 000 Rs, cette nouvelle monnaie n’a pas réussi à s’imposer dans le quartier. En effet, la construction de cette école n’a duré qu’un mois et demi et les billets ont vite été retournés à la Banque.

En 2003, l’idée a été relancée mais avec une garantie de convertibilité de cette monnaie auprès des commerçants, convertibilité refusée par Strohalm qui quitte le projet. Cette fois-ci, l’émission de cette nouvelle monnaie est réalisée par des crédits accordés aux habitants du quartier qui peuvent dépenser cette monnaie auprès des commerçants locaux, lesquels se voient garantir une convertibilité en Reais, notamment pour payer leurs fournisseurs extérieurs. Dans la même année, un Institut Palmas est fondé afin d’exporter ce modèle bancaire de développement.

L’arrivée au pouvoir du gouvernement Lula et la mise en place en 2003 de la Banque Populaire du Brésil (BPB) va changer la donne. En juillet 2005, un partenariat est signé avec la BPB : à partir de ce moment, les habitants du quartier peuvent créer des comptes d’épargne et emprunter auprès de la BPB par l’intermédiaire de la Banque Palmas. Par ailleurs, Banco Palmas bénéficie d’une nouvelle ligne de crédit supplémentaire de 30 000 Rs, portant ses encours à 60 000 Rs. Quelques années plus tard, durant l’été 2009, la BRB apportera une nouvelle ligne de 1,5 Millions de Reais à laquelle s’ajoutera un apport de l’État de Ceará de 300 000 Rs.

La Banco Palmas a conservé sa logique de prêts à faible taux d’intérêt. Les prêts à la production sont accordés à des taux variant de 1,5 à 3% sur 6 mois renouvelables (taux extrêmement faibles comparés aux taux bancaires usuels au Brésil). Les prêts à la consommation sont accordés sans taux d’intérêt. De plus, les 240 commerçants qui acceptent les Palmas comme moyen de paiement accordent souvent des ristournes pour utilisation de la monnaie locale. En 2008, 30 000 Palmas circulaient dans cette agglomération, 910 emprunts à la production et 1200 emprunts à la consommation étaient en cours. À ce jour, les salaires des employés de la banque et des entreprises accompagnées sont payés à 80% en Reais et 20% en Palmas.

La Banco Palmas agit aussi comme aiguillon pour orienter la production vers la satisfaction des besoins de la population. Régulièrement, une cartographie de la consommation et de la production est réalisée sur cette agglomération de 30 000 habitants qui permet de déterminer ce qui est nécessaire et qui pourrait être produit localement. C’est dans ce contexte qu’est né PalmaLimpe, entreprise de produits d’hygiène qui a été fondée en fonction de ces enquêtes.

Cette collaboration entre la BPB et l’Institut Palmas a permis de reproduire ce modèle de banque communautaire dans d’autres régions du Brésil. Ce qui définit ce modèle est l’appartenance de la banque à la communauté, la nécessité d’accorder simultanément des lignes de crédit à la production et à la consommation, ainsi que la création d’une monnaie locale convertible en reias. À ce jour, 46 autres banques communautaires ont été créées au Brésil sur ce modèle. L’objectif pour la fin de l’année 2010 est la création de 1000 banques dont 300 dans le Nordeste. Au Venezuela, l’Institut Palmas a conseillé le gouvernement Chávez et 3 600 banques existent déjà dans ce pays.

Pour en savoir plus sur cette expérience :

Un livre sur de Joaquim Melo sur la Favela du Conjunto Palmeiras et l’expérience bancaire (http://www.banquepalmas.fr/) :

Une interview du journaliste Carlos de Freitas :

ITV Carlos de Freitas from leblog2roubaix on Vimeo.

Les deux sites institutionnels de la Banco Palmas :

http://www.bancopalmas.org/

http://www.bancopalmas.org.br/