Nous résumons un rapport récent du CECOP-CICOPA (Confédération européenne des Coopératives de Production et de Travail Associé, des Coopératives Sociales et des Entreprises Sociales et Participatives ) au sujet de la résistance des coopératives européennes face à la crise économique actuelle. Cette confédération est l’équivalent de la CGScop au niveau européen. Sur la base de plusieurs enqûetes qualitatives et quantitatives, elle examine l’hypothèse d’une meilleure résistance des coopératives européennes à la crise par rapport aux autres entreprises.

Le CECOP-CICOPA (Confédération européenne des Coopératives de Production et de Travail Associé, des Coopératives Sociales et des Entreprises Sociales et Participatives ) a publié en juin 2012 un rapport sur les coopératives européennes, cofinancé par la Commission Européenne dans le cadre de l’année internationale des coopératives, en collaboration avec la Confédération Européenne des Syndicats.

Ce rapport compare la résistance à la crise des coopératives européennes et des autres entreprises, en effectuant le bilan de 4 enquêtes successives, et en s’appuyant sur les statistiques établies par les fédérations nationales de coopératives telles que la CGScop en France et COCETA en Espagne. De plus, ce rapport s’appuie sur un film documentaire réalisé conjointement au rapport, et offrant un point de vue détaillé sur 4 entreprises européennes.

Ce rapport est semble-t-il écrit pour un large public et pose de manière pédagogique les principes de base des coopératives, en les reliant à des textes internationaux de référence. Il s’appuie sur de nombreuses données chiffrées concernant les différents secteurs du mouvement coopératif dans le monde et en Europe, rappelant notamment que les coopératives industrielles de services regroupent 50.000 entreprises en Europe et 1.3 millions de travailleurs (essentiellement des travailleurs-membres) en 2012.

Contexte économique

Le contexte de crise auxquels les pays européens sont confrontés est dépeint au cours du premier chapitre, en s’appuyant sur une rapport de l’OIT qui constate que près de 22% des jeunes européens en âge de travailler sont au chômage en janvier 2012.

La situation économique des entreprises, et des coopératives y compris, est caractérisée par un ralentissement de la production et des ventes , du fait de plusieurs facteurs tels que la baisse de la demande intérieure ou l’augmentation des prix des matières premières.

Les coopératives européenne souffrent de la situation financière, notamment des tensions avec les banques qui limitent leur accès au crédit, et des problèmes des Etats qui paient leurs factures avec un retard croissant.

Atouts et réactions des coopératives

Dans ce contexte, les coopératives européennes se servent de leurs atouts pour stabiliser le taux d’emploi et la viabilité des entreprises :

  • endettement globalement moins important que autres entreprises
  • instruments financiers coopératifs spécifiques qui leur apportent un soutien stable pendant la crise (e.g. SOCODEN en France).
  • Mesures à court terme de réductions des coûts et des heures de travail tout en préservant l’emploi, utilisation des réserves, sous-traitance, adaptation de la production, formation.
  • Mesures à long terme : investissement dans la formation des travailleurs, innovation technologique.

Cette appréciation de la réaction des coopératives est précisée dans le chapitre 2 qui dresse un bilan quantitatif du comportement global des coopératives en France et en Espagne.

Bilan quantitatif de la résistance à la crise en Espagne et en France

Les données présentées sont, sur la période 2005-2011, le nombre d’entreprises et le nombre d’emplois du secteur des « coopératives de travail associé » (en gros entreprises industrielles et de services, hors coopératives de fournitures de services « sociaux », tels que la ré-insertion ou l’éducation) et des entreprises correspondantes dans le secteur non-coopératif.

Elles émanent de sources considérées comme fiables (CGScop et COCETA) par les auteurs du rapport sur la période considérée, dans deux pays où le secteur coopératif est très développé. L’Italie, autre grand pays des coopératives, n’est pas retenu par manque de statistiques fiables.

Le nombre de coopératives est significatif par rapport au nombre total d’entreprises en Espagne et en France :

  • 16813 en Espagne en 2011, ce qui représente 1,11% des entreprises employant plus d’un travailleurs.
  • 1803 en 2009 en France, soit 0,15% du nombre total de la même catégorie d’entreprises.

Pour l’Espagne, les auteurs remarquent alors les faits suivants à partir des données statistiques :

  • le taux de destruction du nombre d’entreprises est inférieur dans le cas des coopératives par rapport aux autres entreprises, pour les deux dernières années.
  • depuis 2010, on constate une croissance du nombre d’emplois dans le cas des coopératives, alors que le reste de l’économie continue à détruire des emplois.

Pour la France:

  • le taux de croissance du nombre d’entreprises pour les scop/scic est plus élevé de 2007 à 2011; les informations sont manquantes pour le reste des entreprises sur les deux dernières années.
  • le taux de création d’emplois est positif sur toute la période 2006-2011, sauf pour l’année 2009
  • le taux d’endettement des scops/scic est nettement moins élevé que celui des autres entreprises, tous secteurs confondus.

Le bilan des données disponibles est finalement le suivant:

  • les données ne sont pas pas fiables pour l’ensemble de l’Europe, pas même pour l’Italie qui est un grand pays du mouvement coopératf. On dispose de statistiques fiables uniquement pour la France et l’Espagne.
  • En France et en Espagne, les coopératives souffrent de la crise, comme l’ensemble des autres entreprises, mais réagissent différemment.
  • en Espagne le nombre d’emplois croît beaucoup plus rapidement pour les coopératives que dans le reste de l’économie sur les deux dernières années.
  • en France, globalement le nombre d’emplois a augmenté de 2005 à 2011, avec une légère diminution en 2009.

Du point de vue de l’Autogestion, on peut d’abord se réjouir de disposer d’un début de point de vue synthétique et chiffré sur le mouvement coopératif en Europe. On peut bien entendu formuler un certain nombre de critiques concernant les résultats proposés :

  • une résistance spécifique des coopératives est difficile à établir de manière claire à partir des résultats publiés.
  • on ne peut pas dégager de comportement systématique (concernant les taux de croissance des nombres d’emplois et de nombre d’entreprises, qui sont parfois plus forts, parfois moins forts sur la période 2005-2011 que dans le secteur non-coopératif). Il n’y a pas de similitude très marquante entre la France et l’Espagne.
  • Hormis le taux d’endettement pour la France, on n’apprend pas beaucoup sur la santé globale des entreprises, sur l’utilité sociale de la production, ou sur le niveau de respect des valeurs coopératives (il existe certainement des scops « de complaisance », et inversement des non-scop qui respectent de manière exemplaire les valeurs coopératives).

 

Dans le second volet de notre compte-rendu, nous nous intéresserons aux chapitres 3 et 4 qui offrent un point de vue plus détaillé à partir d’une étude de cas de  4 entreprises dans différents pays européens, et dans différents secteurs.

Webographie, bibliographie

  • ww.cecop.coop
  • http://www.together-thedocumentary.coop
  • Claudia Sanchez Bajo et Bruno Roelants (2011), « Capital and the Debt Trap. Learning from cooperatives in the global crisis »,  Palgrave Macmillan.

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