Le 31 mars, après la manifestation contre le projet de loi El Khomri, des centaines de personnes qui sont devenues ensuite des milliers, ont continué d’occuper l’un des derniers espaces publics qui restent, les rues et les places, la place de la République. Quel toupet que celui de ces accusateurs qui dénoncent la « privatisation » par le mouvement social de cet espace, eux qui n’hésitent pas à déléguer des services publics au privé, pour le plus grand profit du règne de la marchandise !

Nous disions le mois dernier « place de la république autogérée » car ce mouvement posait de lui-même la question de la démocratie. La décision toute récente du gouvernement de court-circuiter le débat parlementaire pour faire passer en force sa version du projet de loi grâce à l’article 49-3 en dit long sur la décrépitude de notre démocratie. Du côté de Nuit debout, l’indépendance revendiquée vis-à-vis des organisations qui pouvait emprunter le vocabulaire de « l’apolitisme » a mûri. Loin de l’apolitisme, l’indépendance implique la souveraineté démocratique et donc intègre les organisations syndicales, politiques, associatives comme partie prenante – à partir de leurs expériences et acquis – du mouvement et des débats. Que de chemin parcouru qui a permis d’avoir Nuit debout, des dirigeants syndicaux et tant d’autres militants réunis, apprenant à faire connaissance, à agir ensemble. Et du chemin, il en reste.

Les places publiques ne sont pas déconnectées du social, ni des enjeux dans les entreprises mêmes. De la rue à l’entreprise, des utopies démocratiques aux revendications immédiates le lien se fait car, n’oublions pas, la « Loi travail » ne s’occupe pas véritablement d’étendre les droits d’expression des salariés, elle vise à séduire davantage les apporteurs de capitaux en maintenant leur pouvoir incontesté d’embauche et de débauche, de conduite de la gestion, elle n’étend pas les possibilités de reprises d’entreprises par les salariés. Il faut récupérer les places comme les entreprises.

Notre assemblée générale du 21 mai comme la réunion qui s’ensuivra pour construire un réseau citoyen de soutien aux entreprises récupérées est une occasion de réfléchir à la manière dont une bonne mayonnaise peut prendre avec tous ces ingrédients.

Place de la République en ce Premier mai, il y avait les Scop-TI à la tribune et il y avait des soutiens, « clients » solidaires en masse… Comme si toute la Nuit debout ce jour là était devenue une coopérative…. Là est l’autre logique : passer de la place de la république autogérée à la république autogérée.

La lettre du mois de mai

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