Le débat sur la compétitivité fait rage en cette fin d’année 2012, d’autant que cela fait maintenant près de dix ans que le commerce extérieur de la France est dans le rouge. Qu’est-ce que la « compétitivité » ? Dans la bouche de ceux qui prônent une « concurrence libre et non faussé », c’est la capacité de gagner des parts de marché à l’exportation, en traitant la force de travail comme une marchandise et les salaires comme un « coût » à comprimer…

Rien de mieux pour le patronat que de faire plier un gouvernement socialiste à ses désidératas pour prouver qu’aucune autre politique est possible. C’est ainsi que par l’intermédiaire du Journal du dimanche du 28 octobre, l’AFEP (Association Française des Entreprises Privées), représentant plus ou moins les entreprises du CAC 40, est partie en guerre sur ce sujet avec comme objectif central l’abaissement du coût du travail : « Il faut baisser le coût du travail d’au moins 30 milliards d’euros sur deux ans, en réduisant les cotisations sociales qui pèsent sur les salaires moyens (2 SMIC et plus). Un transfert financé pour moitié par un relèvement de la TVA de 19,6 % à 21 % et l’autre moitié par une baisse des dépenses publiques ».

Effectivement, des coûts salariaux en moins permettraient à nos entreprises de baisser leur prix et d’investir pour améliorer la production. 30 milliards ? Amusant que ce soit les entreprises du CAC40 qui, sans vergogne, préconisent une telle mesure. Car, outre les « coûts » (salaires et produits intermédiaires), le « prix » incorpore aussi les profits. D’ailleurs, savez-vous combien les sociétés non financières distribuent de dividendes tous les ans ? En 2011, cela représentait 90 milliards d’euros, soit 9% de la valeur ajoutée brute produite par ces mêmes sociétés (pour mémoire, ces dividendes représentaient 5,4% de la valeur ajoutée de ces sociétés en 2001). Plutôt que de réduire les salaires de 30 milliards, on pourrait réduire les dividendes de cette même somme, ce qui les porterait à 60 milliards représentant 6% de la valeur ajoutée, soit mieux pour les actionnaires qu’en 2001 ! Mais surtout, on se doit de rappeler que dans une société autogérée où les moyens de production sont propriété collective, il n’y a plus de dividendes à distribuer. 90 milliards à récupérer pour investir (ou augmenter les salaires) : voilà qui nous mettrait sur une bonne voie pour la compétitivité !

Mais poursuivons sur les autres composantes de « coûts » qui pèsent sur la « compétitivité ». Le rapport Gallois transmis à la Présidence de la République laissent entendre que l’exploitation des gaz de schiste permettrait de réduire nos coûts de production. Regards tournés vers les Etats-Unis qui les extraient et ont réussi à baisser leurs coûts de carburant… au prix de la pollution irrémédiable de nombreuses nappes phréatiques. Oui, mais si on trouvait des moyens propres d’extraire ces gaz de schistes ? Pourquoi interdire les expérimentations ? Ne nous privons pas d’un atout pour la compétitivité de nos entreprises. Dans une logique de profit à tout crin, les expérimentations se transforment bien souvent en exploitation. De plus,  c’est vraiment faire peu de cas des citoyen-nes qui se sont mobilisé-es en Ardèche méridionale, en Ile-de-France et en extrême sud-est.

En admettant qu’il existe dans le futur des moyens propres d’extraire du gaz de schiste, pouvons-nous encore nous permettre de rejeter dans l’atmosphère à nouveau du CO2 pour accélérer et approfondir le réchauffement climatique ? Ce débat sur la compétitivité nous montre combien les velléités et promesses du « capitalisme vert » n’étaient que des chimères. Ce règne du tout-marchand nous impose d’être compétitif plutôt que d’être vivant. L’autogestion, c’est aussi permettre une transparence sur les prix, les rapports sociaux d’exploitation des êtres humains et de la nature qu’ils recouvrent. Cela implique aussi d’autres critères d’efficacité, et le remplacement des catégories salaires (coûts)/profits par des revenus monétaires qui doivent être « dignes » et assortis de nouveaux droits et rapports humains… Et c’est aussi permettre à la population de dire non à la dégradation de la grande masse des salaires (accompagnée des écarts mirobolants avec de peudo-salaires au bénéfice des dirigeants d’entreprise) et à cette course folle à la destruction de notre environnement, au règne du tout-marchand. En bref, permettre de choisir un mode de vie qui permettra de préserver la vie sur cette terre.

La lettre du mois de novembre

 

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