Le développement accéléré de diverses initiatives autogérées en Grèce et la récente arrivée au pouvoir de Syriza posent des questions nouvelles en terme de conception des services publics. Les précédents gouvernements, appliquant scrupuleusement les recommandations de la Troïka (FMI, BCE et Commission européenne), ont réduit le champ des services publics. Deux exemples emblématiques de cette politique : l’expulsion de millions de résidents du bénéfice de l’assurance-santé et la fermeture immédiate et sans préavis de la télévision publique ERT. Face à cela, les grec-ques ne sont pas resté-es inactif-ves.


La santé et les médias

Des dizaines de Dispensaires Sociaux Solidaires se sont créés dans tous le pays. Rassemblant des professionnels de la santé et autres sur une base bénévole, ils avaient pour fonction d’offrir à toute personne ne disposant pas de moyens et de couverture médicale, des soins de première nécessité. Il ne s’agissait ici nullement de charité mais d’un combat politique. Le droit à l’accès à des soins est un droit humain fondamental qui ne doit pas être l’otage de politiques récessives. En ce sens, ces bénévoles estimaient que leur intervention s’inscrivait dans la lutte pour le retour d’un service public universel et que leurs structures n’étaient que provisoires.

Le 11 juin 2013, le gouvernement fermait purement et simplement la télévision publique ERT en licenciant la totalité de ses personnels. Quelques jours plus tard, des journalistes décident de continuer malgré cela à émettre sous forme de Web TV. Un succès en terme de taux d’écoute dans la mesure où ces journalistes étaient débarrassés de la tutelle de l’État et on pu, grâce à cette initiative, parler librement et sans tabou de la situation grecque, chose impossible dans les média privés.

Quelles transformations ?

Le nouveau gouvernement Syriza a pris l’engagement de mettre un terme aux politiques d’austérité. A l’égard de ces deux exemples, cela revient à réembaucher la totalité des personnels de l’ancienne ERT et rétablir les droits à l’assurance-santé tels qu’ils étaient avant l’entrée en vigueur des politiques de la Troïka. Dans le bras de fer qui oppose le gouvernement grec aux institutions internationales et aux autres gouvernements européens, et compte tenu des débats internes à Syriza et dans la coalition gouvernementale, il est difficile de savoir comment et quand ces mesures se concrétiseront. Mais déjà, des débats émergent pour que tout ne soit pas tout à fait comme avant. Les journalistes de l’ERT souhaitent leur réintégration dans le service public mais pas pour passer à nouveau sous la férule de l’État. Les projets de Syriza prévoient la redéfinition d’un service public renouvelé dans lequel les usagers et les personnels de la télévision définiront ensemble la nouvelle ligne éditoriale. A quel niveau territorial cela doit-il se passer ? Comment usagers et travailleurs-ses du secteur se réapproprieront cet outil ? Avec quels moyens ? Autant de questions qui sont en débat.

Situation plus complexe pour les Dispensaires Sociaux Solidaires. Si officiellement, ils se voulaient des structures temporaires destinées à palier les déficiences de l’État, ils souhaitent à présent poursuivre leur implication dans la construction du bien commun, sans doute pour travailler en amont sur le terrain de la prévention, sans doute le meilleur moyen d’avoir un système de santé efficace et moins coûteux. Ces deux exemples nous montrent que le travail, quand les êtres humains le maîtrisent pour satisfaire leurs propres besoins, (re)redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser être : l’expression de notre nature humaine dans la réalisation de ce qui fait société, de ce qui fait la nécessité et le plaisir de vivre ensemble. Nous retrouvons ces mêmes  traits dans les nouveaux rapports au travail qui commencent à se créer dans les reprises d’entreprises par les salariés.

Annuler la dette, c’est pourtant facile !

De nouvelles potentialités pour l’autogestion apparaissent. Ces expériences ont évidemment participé à cette configuration politique : pour ne pas se limiter à une « autogestion de la misère », il fallait coûte que coûte se débarrasser des gouvernements qui appliquaient les politiques de la Troïka. C’est désormais chose faite mais les récentes négociations nous montrent combien la voie est délicate. L’annulation d’une grande partie de la dette grecque est la clé qui permettra à ce gouvernement de rompre avec ces anciennes politiques. La France détient 44 milliards de cette dette. En annulant 30 milliards, et si tous les autres gouvernements européens le faisaient dans les mêmes proportions, l’endettement de la Grèce serait diminué de moitié, ce qui le ramènerait à la moyenne européenne. Pendant des années, les grandes sociétés européennes ont profité du creusement de la dette grecque pour écouler de l’armement, des automobiles et autres biens et services… En 2013, nos sociétés françaises ont distribué 78 milliards de dividendes. En ne ponctionnant que seulement 5 % de ceux-ci tous les ans, ce serait budgétairement neutre au bout de huit ans… Pourquoi ne le fait-on pas ?

La lettre du mois de mars

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