Il est des temps où il est difficile de se retrouver dans la politique institutionnelle. Des temps électoraux où on croit que le pire est conjuré alors qu’il frappe à la porte. Des temps où il est parfois difficile de déterminer ce qui devrait faire la spécificité d’une gauche. Et puis, il y a des moments d’évidence. La rencontre euroméditerranéenne « L’économie des travailleurs » qui s’est déroulée du 28 au 30 octobre à Thessalonique est de ceux-là : des entreprises reprises par leurs salariés qui se rencontrent par delà les frontières pour échanger les expériences et construire les prémisses d’une autre économie.

Ce mouvement mondial a été initié il y a huit ans par les nombreuses entreprises récupérées d’Argentine. Il s’appuie sur une idée simple : esquisser une économie dans laquelle ce ne serait plus des actionnaires extérieurs à l’entreprise qui dirigeraient celle-ci mais les premiers intéressés, à savoir ses travailleurs. La rencontre de Thessalonique est la deuxième réalisée en Europe après celle qui s’était tenue dans l’usine des Fralib, aujourd’hui Scop-TI, près de Marseille. 200 personnes étaient présentes il y a deux ans. 500 aujourd’hui venant de  de l’État espagnol, du Pays basque, d’Italie, de France, d’Allemagne, de Croatie, de Serbie, de Bosnie, de Grande-Bretagne, de Turquie, de Pologne et bien sûr de la Grèce. De même, outre les militants, syndicalistes, chercheurs, de nombreux travailleurs d’entreprises récupérées ont fait tout spécialement le déplacement.

Les travailleurs de VioMe, entreprise qui recevait ces rencontres, ont pris une initiative exceptionnelle : se rencontrer entre seuls travailleurs pour définir ensemble ce qu’est une « économie des travailleurs » qui ne peut se résumer à une juxtaposition de coopératives de travail. Un débat sur l’importance d’une présence de l’ensemble des travailleurs dans le processus de décision et ce, qu’ils soient membres ou pas de la coopérative, et sur le refus de la présence d’actionnaires extérieurs. Une démarche totalement autogestionnaire dans laquelle les intéressés eux-mêmes cherchent à répondre aux questions qui se posent. À partir de là, le projet d’un fonds international de solidarité entre entreprises récupérées et d’un réseau d’échanges de produits. Bref, l’économie des travailleurs, un projet à construire.

En ces temps politiques troublés, la perspective d’une économie débarrassée d’actionnaires parasitaires, dirigée par ses travailleurs et orientée par les usagers devrait être une évidence. Les multiples expériences récentes de reprises d’entreprises par les salariés nous montrent que ce n’est pas une utopie. L’utopie, c’est de croire qu’en maintenant le capitalisme, nous serons à même d’offrir à toutes et à tous un avenir. Et pourtant, cette perspective d’une économie des travailleurs est aujourd’hui cruellement absente des débats politiques… et on regarde passivement la montée des nationalismes et des extrêmes-droites.

La rencontre de Thessalonique était indiscutablement une évidence politique. C’est pour se permettre de se l’approprier et d’en comprendre ses enjeux que l’Association Autogestion a décidé d’organiser une réunion de compte-rendu de celle-ci le mardi 22 novembre à 19h au Maltais Rouge, 40 Rue de Malte, 75011 Paris. Vous y êtes les bienvenu-es.

La lettre du mois de novembre

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