Rachetée il y a un an par le groupe R&R pour ses licences et sa position commerciale, l’usine de crèmes glacées Pilpa de Carcassone est menacée de fermeture. Ce groupe veut concentrer sa production sur deux sites au lieu de trois en France. Le Tribunal d’Instance de Carcassonne vient d’invalider le plan de « sauvegarde » de l’emploi : un bol d’oxygène pour les salariés qui commencent à envisager une reprise en SCOP pour préserver les emplois.

L’usine Pilpa fabrique et conditionne sous diverses formes de la crème glacée. Elle travaille essentiellement en sous-traitance pour des marques de distribution (Carrefour, Système U, hard discount…) et, pour une petite part, sous sa propre marque. Située dans la zone industrielle de Carcassonne, elle était à l’origine, filiale d’une coopérative laitière et existe désormais depuis des dizaines d’années.

Depuis novembre 2011, elle fait partie du groupe R&R qui comprend 3 usines de ce type en France. Ce groupe est lui-même dépendant de la holding américaine OakTree. Dans cette activité, ce groupe est second derrière Unilever et devant Nestlé pour lequel il fabrique aussi. L’usine travaille pour des grandes marques comme Oasis ou Disney. Chaque client a ses caractéristiques de fabrication et Pilpa Carcassonne est certifiée, processus assez long à obtenir. Il est clair que R&R, le repreneur de novembre 2011, a recherché à récupérer ces licences et cette position commerciale.

Pilpa Carcassonne comprend 154 salariés en CDI : huit cadres, deux employés, 63 agents de maintenance et 80 équivalents temps pleins en intérim. Les intérims, pouvant aller jusque 80 salariés, sont embauchés dans les périodes de pointe de travail. Il y a 40% de femmes et 60% d’hommes. La CGT y est très quasiment hégémonique. Il y a six chaines de fabrication modulables permettant toutes les fabrications : bâtonnets, glaces en boites, sorbets, etc. et une chambre froide de stockage. Elle doit néanmoins souvent sous-traiter le stockage.

Depuis son rachat par R&R en novembre 2011, il n’a fallu que trois mois pour externaliser de nombreuses activités « annexes » : service commercial, recherche et développement, service achats (produits laitiers, parfum, produit pour le froid, etc.). Cette situation les rend très dépendants de la structure de commande du groupe. Reprendre une telle unité devient problématique sauf en scop.

Le groupe qui l’a acheté a visiblement fait une opération financière pour racheter la marque. Moins d’un an après, à la fin du mois de juin, il décide de fermer l’usine pour rapatrier la fabrication dans d’autres usines du groupe et notamment en Bretagne et ainsi rentabiliser sur deux sites.

Depuis l’annonce du licenciement, les salariés se sont mobilisés et ont mené de nombreuses actions de popularisation de leur lutte dans la région, notamment sur la route du tour de France où ils ont distribué quelques spécimens de crème glacée. Ils sont aussi « montés » en région parisienne à l’occasion de la fête de l’Humanité où ils ont rencontré les Fralib qu’ils ont invité à venir les rencontrer.

Il faut savoir que le département est dans le peloton de tête pour le nombre de chômeurs. D’autres fermetures ont eu lieu telles que l’abattoir de Castelnaudary, ce qui ne semble guère émouvoir la nomenclature socialiste qui domine les diverses représentations du département : députés, sénateurs, maires de Carcassonne et des diverses villes importantes, conseil général sans parler de la structure régionale ou les « frèchistes » dominent.

La lutte est très juridique car Lionel Rolland, PDG de R&R n’est pas du genre a s’embarrasser de considérations légales. Avec une morgue de « petit marquis » il coupe et rogne sans aucune négociation. Les procédures légales du licenciement sont loin d’avoir été respectées. Première plainte et première réponse en faveur des Pilpas mais le « petit marquis » n’a voulu voir dans ce jugement « qu’un léger contretemps » qui ne remettait pas en cause le licenciement. Nouvelle plainte des salariés et cette fois-ci, le jugement du jeudi 17 janvier est sans appel : toute la procédure est « à refaire ». Entre temps les salariés se sont organisés pour éviter un déménagement surprise entre Noël et le jour de l’an avec instauration de tours de garde.

Au début, le mot d’ordre était très nettement la recherche d’un repreneur mais le « petit marquis » a annoncé la couleur : « Pilpa n’est pas à vendre » et « ne produira plus de glace ». Des propositions de mutation en Bretagne et quelques vagues propositions de reclassement dans la région… chez Monsanto qui s’installerait à Trèbes (sic). Si l’idée de scop a été évoquée, sans grand enthousiasme au début de l’été, l’hypothèse fait maintenant son chemin et la rencontre avec les Fralib a eut un réel effet tant à la fête de l’Huma que lors de la visite de Jean-Luc Mélenchon du 28 novembre où ce dernier s’est montré plutôt favorable à une issue SCOP et ceci, en présence du maire socialiste de Carcassonne qui lui, ne s’est pas exprimé sur le sujet. Mais les salariés semblent plus qu’intéressés.

Une vraie discussion sur ce sujet s’est installée dans l’entreprise à cette occasion mais elle n’est pas tranchée. L’urgence était à la bataille juridique qui leur donne six mois d’oxygène. Le jugement de jeudi dernier est donc une vraie victoire. À suivre !

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