Approsociale3Il s’agissait de la troisième audition tenue dans le cadre du séminaire « Appropriation sociale, autogestion et coopératives ». Daniel Lescornet, ancien président de la fédération des mutuelles de France, président de l’association la Fraternité en Art , Sciences et Social, membre du bureau de « l’Appel des Appels » était notre invité ce 18 mars 2013. Il répondait à la question : « l’économie sociale et solidaire est-elle une béquille du capitalisme ou un outil subversif pour dépasser le capitalisme ? » Nous publions ici l’enregistrement vidéo de son introduction ainsi qu’un bref résumé de son intervention.

 

En préambule, Daniel Lescornet a rappelé que savoir si l’Economie Sociale et Solidaire était une béquille du capitalisme ou un outil subversif pour dépasser celui-ci était une question assez ancienne, a priori provocatrice, mais qui revient souvent et reste creuse. Nous rappelant son engagement autogestionnaire dans le mouvement mutualiste dans la foulée de mai 1968, il précise que ce ne sont pas les formes de l’ESS qui sont transformatrices mais la façon dont on y rentre et y participe. L’ESS, d’essence assez réformiste, rassemble des lieux contradictoires. C’est la raison pour laquelle il estime fondamental de s’y investir afin de ne pas critiquer de l’extérieur mais de faire bouger les choses en s’appuyant sur la pratique la plus démocratique possible. Il rappelle alors que l’ESS est une fiction car elle se résume à une juxtaposition de trois formes – coopératives, mutuelles et associations – qui n’ont pas réellement d’histoire commune et qui sont relativement peu coopératives et solidaires entre elles. De même, la coopération est divisée entre coopératives de consommation (qui ont eu leur âge d’or dans le passé), les coopératives de travail (SCOP) qui reviennent sur le devant de la scène tout en restant très marginales sur le plan économique et les coopératives de crédit qui, en France, représentent 60 % des dépôts.

Il a rappelé que nous sommes dans une période politique dans laquelle le mouvement social a du mal à passer à l’offensive. Sans stratégie de l’ESS, chaque groupe va essayer de s’en sortir et la seule réponse possible est alors le gain de part de marché, ce que les coopératives de crédit ont largement réussi. Une loi-cadre va sortir qui va entériner l’entrée d’entreprises de statut classique dans l’ESS sur la base de l’engagement d’être moins lucratif, plus social et plus solidaire. Selon lui, cette évolution aura lieu car la lucrativité est déjà présente dans le monde des coopératives et qu’elles n’ont alors aucune légitimité ou théorie pour empêcher cette évolution. Cependant, il existe des vecteurs qui permettent de ne pas assister à cette évolution en spectateurs, notamment la vague de reprise des entreprises en coopératives par les salariés.

Une enquête d’Alternatives économiques auprès des économistes sur l’ESS a montré que ceux-ci pensaient qu’elle bouchait les trous et n’était pas si démocratique que cela. Assez curieusement, ceux-ci n’intègrent pas spontanément les associations dans le périmètre de l’ESS, ce qui pose problème car elles représentent les deux-tiers des emplois du secteur. Par contre, ils sont nombreux à voir dans l’ESS une fenêtre d’utopie après les échecs du socialisme réel et de l’étatisation. Ceci s’inscrirait donc dans une tradition française utopique positive qu’il y aurait autre chose après le capitalisme.

Il conclut alors en définissant trois axes sur lesquels intervenir dans le cadre de l’ESS :

  • L’axe démocratique. Imposer qu’il existe un minimum de deux listes à chaque élection. Réintégrer les membres dans la gestion et rejeter l’orientation qui restreint celle-ci aux seuls experts ;
  • La capacité du mouvement à participer à la vie politique du pays ;
  • Recréer une cohérence entre l’ESS, les syndicats et les partis politiques.

 

 

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