Élève de terminale, j’étais parti pour rater mon bachot. Finalement, soulagée par le retour – apparent – à l’ordre, la République gaullienne a organisé la distribution (presque) gratuite du bac et j’ai eu droit à mon diplôme. « En chocolat » a miaulé Macron.

Rassurez-vous, je ne vais vous raconter ni ma vie ni « mon » Mai 68. Je vais juste vous balader un peu dans un Mai 68 éclairé par ce moment de bonheur et d’excitation mentale – une sorte de Mai 68 cérébral après le Mai 68 pour de vrai – que j’ai vécu à la lecture de « L’irruption de Nanterre au sommet », le petit pavé d’Henri Lefebvre qui m’est tombé dessus, sans doute lancé par une main avisée, quelques mois après les « événements ». Une déambulation en forme de stratégie autogestionnaire avec en voix off une petite musique entêtante : « Le concept de l’autogestion aujourd’hui, c’est l’ouverture vers le possible 1. »

Patrick Silberstein, soixante-huitard extrêmement attardé.

1er mai

Plusieurs dizaines de milliers de personnes manifestent à l’appel de la CGT et du PCF, rapporte le journal Le Monde qui relève « la jeunesse des manifestants, dans tous les rangs » et note qu’«un groupe d’étudiants, le poing tendu », scandait : « Les fils à papa, au boulot !»

Dialogue imaginaire : « Les enthousiastes [sont] plus préoccupés des virtualités que du réel. Ils vont au-delà du réel et parfois au-delà du rationnel, jusqu’à proclamer le primat de l’imagination sur la raison. Ils explorent le possible et veulent réaliser une part de ces possibilités. Parfois tout 2. »

2 mai

Fermeture de la faculté de Nanterre et de la Sorbonne. Incidents au Quartier latin. L’UNEF et le Mouvement du 22 mars appellent à une manifestation le 6 mai à la Sorbonne contre la répression.

Dialogue imaginaire (suite) : « La révolution ? Elle était possible. Elle était là. Le pouvoir ? L’État ? Il n’y avait qu’à s’en emparer. L’État tombait en miettes. Dix millions en grève ! […] de nouveaux rapports se découvraient dans la fermentation du mouvement. À la base. La société bourgeoise entière s’effondrait. »

3 mai

Fernandel est invité à déjeuner à l’Élysée. La Sorbonne est bloquée par les gardes mobiles. Le SNESup appelle à la grève générale de l’Université. Barricades et émeute au Quartier latin.

Dialogue imaginaire (suite) : « Les lieux de production, on les tenait. Et aussi les communications. Que restait-il à prendre ? […] On pouvait repartir le lendemain, puis aborder de nouveaux problèmes : gestion, planification, orientation générale de la vie sociale…»

4 mai

Le commissaire du 5e arrondissement reçoit l’ordre de rétablir l’ordre « à l’intérieur de la Sorbonne en expulsant les perturbateurs.»

Dialogue imaginaire (suite) : « Le mouvement devrait engendrer ses formes d’organisation en même temps que ses formes d’action. Indissolublement. […]
Vous avez raison. Mais le projet ?
Pas de programme devant le mouvement, élaboré avant lui, sans lui, hors de lui.
D’accord. Mais une conception qui oriente le mouvement.
L’autogestion ! J’insiste : l’autogestion. L’auto… »

5 mai

Occupation de la Sorbonne.

Dialogue imaginaire (suite) : « La contestation ouvre le champ des possibles […]. Or la limite entre le possible et l’impossible, difficile à tracer, est toujours facile à franchir […]. Vive donc le possible-impossible. »

6 mai

Début des grèves lycéennes. Émeute au Quartier latin.

Dialogue imaginaire (suite) : «Dans quelle mesure y a-t-il ainsi dualité de pouvoir? Ici et pour l’instant, la question est prématurée ; le problème de leur confrontation n’a pas d’importance. L’intéressant, c’est le vide autour d’eux, ce vide idéologique et politique que produit autour de lui le Pouvoir à l’état pur, le pur pouvoir d’État. Ce vide, la contestation l’a rempli. »

7 mai

« Les forces de l’ordre ne sont entrées dans la cœur de la Sorbonne que parce que les forces du désordre y étaient entrées» (Alain Peyrefitte, ministre de l’Éducation nationale).

Dialogue imaginaire (suite) : « La contestation se dresse contre la division du travail, contre la consolidation sociale de la division du travail en une hiérarchie bureaucratique. […] La contestation naît donc d’une crise institutionnelle latente ; elle la mène vers une crise ouverte qui met en question les hiérarchies, les pouvoirs, la bureaucratisation qui a contaminé la société entière. »

8 mai

À l’Assemblée nationale, le gouvernement refuse de discuter de l’amnistie des étudiants emprisonnés.

Dialogue imaginaire (suite) : « En tant […] qu’organe d’un double pouvoir, [le comité central d’action] organise l’autogestion. Ici une parenthèse s’impose. L’autogestion était considérée en général comme une forme d’organisation économique qui ne pouvait exister en système capitaliste. […] Peu nombreux sont ceux qui ont vu dans l’autogestion un des moyens de favoriser la lutte. C’est-à-dire que l’autogestion ne s’intègre plus du tout dans le système capitaliste, mais devient la gestion de l’économie au profit de ceux qui combattent le capitalisme 3. »

10 mai

Nuit des barricades.

Dialogue imaginaire (suite) : « Que les retards s’accumulent, que le retard constitue un phénomène cumulatif, c’est une curieuse conjonction. Car il ne s’agit pas seulement du retard de l’université (idéologie, pédagogie, contenu et forme de l’enseignement) sur les besoins du marché, de la production matérielle ou non matérielle, de la division technique et sociale du travail. Ce n’est là qu’un des aspects de la conjonction. Il s’agit aussi du retard des salaires sur la productivité, sur les “besoins” qu’on stimule au nom de l’idéologie de la consommation. Il s’agit aussi et surtout du retard du réel sur les possibilités. »

11 mai

CGT, CFDT et FEN appellent à la grève générale. L’université de Strasbourg se proclame autonome.

Dialogue imaginaire (suite) : « En réalité, [l’autogestion donne un objectif] à l’occupation des usines, [objectif] qui remet en cause la propriété privée des moyens de production et permet la gestion par et pour les travailleurs en lutte. Aucun doute que c’est là une forme d’intervention qui compromet très gravement le pouvoir de la bourgeoisie. Au Centre d’études nucléaires de Saclay, on ne parle pas de l’autogestion. On la pratique 4. »

12 mai

Johnny Hallyday est classé second au hit-parade avec sa chanson « À tout casser » !

Dialogue imaginaire (suite) : « Le pouvoir avait les universités, les étudiants les ont prises. Le pouvoir avait les usines, les travailleurs les ont prises. Le pouvoir avait l’O.R.T.F., les journalistes lui ont pris. Le pouvoir a le pouvoir, prenez-le lui ! 5 »

13 mai

Grève générale. Débuts des négociations américano-vietnamiennes à Paris.

Dialogue imaginaire (suite) : « Oui, la spontanéité évoque et rend présente une possibilité grandiose : la reconstruction de la société de bas en haut, démocratie constituante et instituante dans le mouvement à partir d’un réseau d’organismes de base où seraient présents (et non plus seulement représentés) tous les intérêts, toutes les aspirations, toutes les libertés. »

14 mai

Occupation de Sud-Aviation.

Dialogue imaginaire (suite) : « Cette démocratie par la base s’oppose puissamment à la république (chose publique) tenue et maintenue en haut. Elle met en question, à partir d’une décomposition partielle et d’un dépérissement de l’État existant, la thèse de l’État démocratique. Que pensait Marx ? Que la démocratie se développe dans une contradiction. Elle implique un État, elle tend vers la suppression de l’État, sans quoi elle s’abolit elle-même. »

15 mai

Occupation de Renault-Cléon et des chantiers navals de Bordeaux. Grève à Contrexéville, aux NMPP, chez Kléber-Colombes à Elbeuf et chez La Roclaine à Saint-Étienne du Rouvray.

Dialogue imaginaire (suite) : «Peut-être faudrait-il souligner que l’autogestion n’a rien de magique, que ce n’est pas une panacée, qu’elle a posé et pose aujourd’hui autant de problèmes qu’elle en résout. Une fois proposée comme principe, il reste à la “penser”. […] Seule l’autogestion rend effective la participation en l’insérant dans un processus qui tend vers le global.»

16 mai

Le comité d’occupation de la Sorbonne appelle à l’occupation immédiate de toutes les usines et à la formation de conseils ouvriers.

Dialogue imaginaire (suite) : « Substituer des structures démocratiques à base d’autogestion » au pouvoir patronal et politique 6. »

17 mai

Grèves : Peugeot (Montbéliard, Sochaux), Berliet (Rhône), Saviem, Snecma-Gennevilliers, Renault, Sud-Aviation (Courbevoie et Suresnes), Orléans, Nantes, Saint-Nazaire, Seine-Saint-Denis, Rhodiaceta, Rhône-Poulenc, Charleville, Le Creusot…

Dialogue imaginaire (suite) : « Qu’apporte au contraire l’autogestion ? a) Une brèche dans le système existant, celui des centres de décision qui gèrent la production et organisent la consommation sans laisser aux producteurs et aux consommateurs la moindre liberté concrète, la moindre participation aux choix véritables. […] c) L’annonce d’un processus passant par la brèche ouverte et qui s’étendrait à la société entière. »

18 mai

Grèves aux PTT et à la SNCF. À Nantes, les grévistes barrant les entrées de la ville, une autorité de fait s’installe à la mairie. Le comité central de grève ( étudiants, ouvriers et paysans, représentés par leurs syndicats) organise le ravitaillement en vendant la nourriture à prix coûtant. Il décide de l’ouverture de certains commerces, contrôle les prix pratiqués et délivre des « bons intersyndicaux » d’essence pour les véhicules prioritaires. Il organise ses propres services de sécurité et d’urgence, en lien avec le comité de grève du personnel municipal.

Dialogue imaginaire (suite) : « Il est faux de limiter ce processus à la gestion des affaires économiques (entreprises, branches d’industries, etc.). L’autogestion implique une pédagogie sociale. Elle suppose une nouvelle pratique sociale, à tous les degrés et niveaux. »

19 mai

Arrêt du festival de Cannes. Blocage des transports publics.

Dialogue imaginaire (suite) : « Les intérêts multiples de la base doivent être présents et non “représentés”, c’est-à-dire délégués à des mandataires séparés dès lors de la base. L’autogestion et la participation effectives ne peuvent se séparer d’un “système” de démocratie directe, plus proche d’un mouvement perpétuel et perpétuellement renouvelé, puisant en lui-même sa capacité d’organisation, que d’un “système” formel. »

20 mai

Grèves dans le textile (Roubaix, Saint-Frères), dans le Livre parisien, chez Alstom (Belfort).

Dialogue imaginaire (suite) : « S’il y a là occasion de désordre, si le règne de la parole s’oppose à celui de l’écrit bureaucratique, ce ne sont inconvénients majeurs que pour les soutiens de l’ordre établi. »

21 mai

Extension de la grève dans la métallurgie, les arsenaux, à la Banque de France et les grands magasins. Le PSU appelle à la création de comités d’action ouvriers-étudiants. Le PCF appelle à la constitution de comités d’action pour un gouvernement populaire et démocratique. Dernière soirée de programmes normaux à la télévision.

Dialogue imaginaire (suite) : « Quant à l’ensemble et à sa gestion, les techniques nouvelles peuvent intervenir. Automatisation à la base dans les forces productives – utilisation des moyens électroniques (computeurs et calculatrices) pour fournir à une gestion décentralisée les informations ascendantes et descendantes, ces nouvelles techniques fondent des possibilités nouvelles. »

22 mai

Grève à la Sécurité sociale, dans les banques et les assurances. Grève à IBM…

Dialogue imaginaire (suite) : « Le processus révolutionnaire commence par l’ébranlement de la quotidienneté et se termine par son rétablissement. »

23 mai

Neuf millions de grévistes : deux millions dans la métallurgie, un million dans le bâtiment, 350 000 à la SNCF, 300000 dans le textile, 250 000 dans les PTT…

Dialogue imaginaire (suite) : « Il y eut, semble-t-il de manière inégale et tâtonnante, des tentatives d’autogestion. On a vu apparaître la “chose” sans le mot, l’action sans la pensée. »

24 mai

De Gaulle parle à la télévision et annonce un référendum sur la participation. Les manifestants scandent « Son discours, on s’en fout ». Émeute à Lyon.

Dialogue imaginaire (suite) : « Ici et là le personnel assemblé, y compris les cadres, a usurpé les fonctions des chefs du personnel, en touchant rarement aux fonctions directoriales. Cela veut dire que le processus est engagé mais non irréversible. »

25 mai

Début des négociations entre les syndicats et le gouvernement.

Dialogue imaginaire (suite) : « Le personnel de l’Hôtel Plaza, avenue Montaigne, a décidé de se mettre en autogestion par défiance de son directeur qui souhaite vendre le palace à une chaîne d’hôtels. PANO façade du Plaza avec à côté de l’entrée un piquet de grève et une banderole annonçant l’autogestion mais la continuation du fonctionnement de l’hôtel. ITW secrétaire du comité d’entreprise : il explique les raisons pour lesquelles le personnel a décidé l’autogestion ; l’autogestion a commencé ce matin à 10 h 30 et les directeurs ont quitté leurs bureaux 7. »

26 mai

À Nantes, le comité central de grève distribue des bons d’essence et organise le ramassage des ordures. À Cluses (Haute-Savoie), la monnaie émise par les grévistes est acceptée par les commerçants. Dans la Somme, les municipalités de Saleux, Picquigny, Saint-Sauveur et Flixécourt, émettent également des bons.

Dialogue imaginaire (suite) : « Avec une belle audace, encore spontanée, le mouvement tente d’unir en pleine conscience révolution culturelle et révolution politique, travailleurs et étudiants. Il esquisse un projet d’autogestion généralisée et dans ce sens engage une pratique sociale. »

27 mai

Fin des négociations de Grenelle. Jugé insuffisant, le texte du « constat » est rejeté, notamment chez Renault (Billancourt, Cléon, Le Mans), chez Citroën, Berliet, Rodhiacéta. Meeting de Charléty.

Dialogue imaginaire (suite) : « Les grèves actives vont jusqu’à tenter la constitution d’une sorte d’économie parallèle à l’économie néo-capitaliste (liens directs entre producteurs et consommateurs, entre paysans et ouvriers dans certaines régions). On envisage de soustraire à l’État des secteurs clés, notamment l’ensemble de l’Education nationale, de la formation pédagogique et idéologique. »

28 mai

La CGT se dit prête à participer à une rencontre qui réunirait « les partis de gauche, des représentants des organisations décidées d’aller de l’avant».

Dialogue imaginaire (suite) : « L’esquisse de l’autogestion généralisée s’étend à tous les niveaux de la société (production matérielle et intellectuelle, services, vie urbaine). Un peu partout […], cette pratique sociale cherche sa voie. »

29 mai

Grève à Pierrelatte et Bull. De Gaulle est introuvable au quartier général des forces françaises à Baden Baden. Ses ministres fument le cigare et parlent de chasse. Certains se promènent avec une arme.

Dialogue imaginaire (suite) : « Autogestion… Comment ? Prise en main des moyens de production par les travailleurs sous forme de coopératives, en liaison étroite avec de nouveaux réseaux de distribution visant à une répartition équitable des produits en tenant compte des besoins réels 8. »

30 mai

Dissolution de l’Assemblée nationale.

Dialogue imaginaire (suite) : « L’occupation massive des lieux de production, les revendications puissamment soutenues mais partielles font oublier que les lieux du pouvoir et les centres de décision ont repris leurs fonctions. Du point de vue de l’histoire, c’est le retrait. Et cependant le mouvement continue. […] Il transgresse encore les bornes imposées. En particulier, il tente de s’affranchir d’un vieux dilemme : ou bien la révolution globale et totale – ou bien des mesures partielles destinées à la dégénérescence réformiste. »

31 mai

Remaniement ministériel.

Dialogue imaginaire (suite) : « Les étudiants attaquent violemment la forme de l’enseignement qu’ils accusent de masquer les défauts du contenu, en imposant autoritairement l’idéologie en même temps que les fragments de la connaissance. À ce stade, le mot d’ordre “université critique” devient essentiel. Les étudiants hésitent entre deux formules : université parallèle vouée à la critique de l’université officielle – critique permanente à l’intérieur de l’université officielle. »

4-20 juin

Reprise progressive du travail.

Dialogue imaginaire (suite) : « Né spontanément dans le creux de la vie sociale, c’est-à-dire dans le vide creusé par l’État, apparu ici et là comme expression d’un besoin social fondamental, le mot d’ordre de l’autogestion ne peut s’isoler. Il contient implicitement un projet global, destiné à remplir le vide mais seulement s’il est explicité. Ou bien le contenu de l’autogestion, son contenu social et politique, se déploie et devient stratégie. Ou bien le projet échoue. »

23 et 30 juin

Élections législatives. Ras-de marée de droite. Le retour à la normale prendra dix ans.

Dialogue imaginaire (suite) : « D’autres conflits se révèlent […]. Conflit entre l’intégration et la ségrégation qui frappe toutes les catégories sociales. Conflit entre l’aspiration à participer activement à la production au sens large (production d’œuvres et de rapports sociaux) et les dissociations multiples, notamment celle entre la production en ce sens et la production au sens étroit, entre l’activité productrice et la consommation passive, entre la quotidienneté et la créativité. […] Contradiction enfin, non la moindre, entre la sur-organisation et la tendance à la dissolution. »

3 juillet

Je décroche mon bac (toujours en chocolat).

Dialogue imaginaire (suite) : « Dans l’organisation du mouvement, dans ses analyses ou ses revendications, tant sectorielles que générales, ou dans ses propositions à long terme, c’est bien d’autogestion généralisée que l’on parle à tous les étages ! Refus des verticalités et recherche exigeante d’horizontalité 9. »

4 juillet

Je retourne au cinéma pour la première fois depuis le mois d’avril.

Dialogue imaginaire (suite) : « Ni les occupations ni la mise en place de services auto-organisés […] ne sont consciemment développées comme des structures de base [pour exiger] une solution politique  10. »

5 juillet

Plus rien ne sera comme avant.

Dialogue imaginaire (suite et fin… provisoire) : « Les révolutions prolétariennes se critiquent elles-mêmes constamment, interrompent à chaque instant leur propre cours, reviennent sur ce qui semble déjà être accompli pour le recommencer à nouveau, raillent impitoyablement les hésitations, les faiblesses et les misères de leurs premières tentatives, paraissent n’abattre leur adversaire que pour lui permettre de puiser de nouvelles forces de la terre et de se redresser à nouveau formidable en face d’elles, reculent constamment à nouveau devant l’immensité infinie de leurs propres buts, jusqu’à ce que soit créée enfin la situation qui rende impossible tout retour en arrière, et que les circonstances elles-mêmes crient : Hic Rhodus, hic salta! (C’est ici qu’est la rose, c’est ici qu’il faut danser ! ) 11 »

Si cet éphéméride peut sembler bien français, ce n’est qu’un artéfact : Saïgon et Hanoï, Mexico et San Francisco, Berlin et Prague, Tokyo et Belgrade, Rome et bien d’autres, sont là, entre les lignes, entre les pavés et la plage 12.

Notes:

  1. Henri Lefebvre, Autogestion, n°1, 1966, cité dans L’Encyclopédie internationale de l’autogestion, Paris, Syllepse, 2015.
  2. Rédigé au cours de l’été 1968 pour être publié dans la revue L’Homme et la société, le texte d’Henri Lefebvre, « L’irruption de Nanterre au sommet » a été publié chez Anthropos. Il a été réédité en mai 1998 aux éditions Syllepse, sous le titre Mai 68 : L’irruption, avec un dialogue entre Pierre Cours-Salies, René Lourau et René Mouriaux. En dehors de celles qui sont signalées, toutes les citations de cet « Éphéméride imaginaire » sont extraites de « L’irruption de Nanterre au sommet ».
  3. Jacques Pesquet, Des soviets à Saclay ?, Paris, François Maspero, 1968.
  4. Ibid.
  5. Graffiti, hall de Sciences-Po.
  6. Extrait du communiqué de la CFDT.
  7. Extrait du plan d’un reportage de l’ORTF, 25 mai, non diffusé. Cité dans l’Encyclopédie internationale de l’autogestion, Paris, Syllepse, 2015.
  8. Jean-Philippe Legois, 33 jours qui ébranlèrent la Sorbonne, Paris, Syllepse, 2018.
  9. Idem.
  10. Commentaire d’Eugène Descamps, dirigeant de la CFDT, 1971
  11. Karl Marx, Le 18 brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte.
  12. Voir Adolfo Gilly, « Aux frontières de la rupture », https://www.syllepse.net/syllepse_images/divers/68Gilly.pdf, sans oublier l’excellent numéro sept d’Utopiques, la revue de l’Union syndicale Solidaires, Mai 68, ce n’était qu’un début, Paris, Syllepse, mai 2018.