Plus de trois millions de personnes ont défilé ce week-end dans les différentes villes de France horrifiées par les massacres de Charlie Hebdo et la tuerie antisémite de l’épicerie cacher. Alors que les premiers attentats contre des mosquées et le tabassage d’un collégien auraient pu faire craindre le basculement de notre société dans une spirale de haine, c’est au contraire une mobilisation citoyenne qui s’est réalisée, défendant les libertés, refusant les amalgames et promouvant le vivre ensemble quelles que soient nos croyances ou nos convictions. On aurait pu craindre une récupération politique, vu l’aréopage de chefs d’État dont les rapports aux libertés sont pour le moins discutable. Elle a existé. Elle est devenue secondaire, noyée sous la mobilisation populaire.

Un point d’appui pour recréer du collectif

Les populations des banlieues, la France des exclus, des chômeurs, des précaires, de ceux qui subissent plus fortement que d’autres des conditions d’exploitation insupportables étaient, malgré les difficultés et les craintes, présentes, mais c’était souvent de façon marginale. C’est un point d’appui pour recréer du collectif au sein même des quartiers et populations exclues du jeu politique et social.

Toute la question est alors de savoir comment répondre à l’avenir. Le sécuritaire ? Il n’est pas infaillible et l’attentat contre Charlie Hebdo vient de nous le prouver. De plus, il menace les droits et les libertés. Des profs dans les écoles de banlieue, comme le proposait Abd El Malik, artiste et réalisateur, dimanche soir sur le plateau de France 2 ? On est dans la bonne direction.

C’est dans cette exclusion permanente qu’a pu prospérer l’obscurantisme…

Les libertés et la laïcité ne peuvent avoir de sens que dans une société où tout le monde aura une place, dans une économie qui garantira à chacune et à chacun un travail et un revenu décent. Depuis quarante ans, le néolibéralisme crée l’exclusion et c’est dans cette exclusion permanente qu’a pu prospérer l’obscurantisme le plus criminel. Plus que jamais, les questions sociales doivent revenir sur le devant de la scène politique, plus que jamais celles-ci doivent poser la question de leur financement et donc de la pertinence d’une société dirigée par le capital. Et poser cette question amène fatalement à se placer en position de citoyen dans l’économie et l’entreprise.

La liberté de la presse a été attaquée. Au moment où la terreur a tenté d’assassiner Charlie Hebdo, ce journal était – lui qui refusait de vivre de la publicité – menacé de mort lente par la loi du marché. Des millions se sont levés arborant le crayon dans les rues. Que des moyens soient donnés à ces millions, aux associations, aux groupes sociaux, aux individus réunis, aux collectivités pour éditer des journaux, disposer d’espaces pour s’exprimer, débattre, décider ensemble dans les quartiers, les entreprises, les écoles.

Disons simplement qu’il est urgent que renaisse l’espoir.

La lettre du mois de janvier

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