« Il y a des quartiers entiers qui sont en quelque sorte en autogestion criminelle ». On a beau chercher dans le site du Front national, dans les communiqués, les revues de presse, le terme autogestion n’est guère paré de vertus positives. On ne s’en étonnera pas. Si l’autogestion est assimilé à de la subversion, qu’en est-il de l’économie sociale, de la démocratie sociale, pour ce parti qui prétend représenter les intérêts des travailleurs (Français évidemment… laissant de côté une proportion importante du monde du travail) ? Il est vrai qu’il brouille les pistes lorsqu’il se déclare opposé au travail du dimanche (sauf pour les PME PMI) et se prétend l’ennemi des grandes multinationales et du grand patronat ?

Voyons ce qu’il en est concrètement. Fin 2012, au Conseil régional PACA, une aide de 28000 € aux Fralib était à l’ordre du jour. Quel a été le seul groupe à voter contre ? Le groupe FN. L’économie sociale et solidaire n’est pas plus la tasse de thé du FN. Dans la région centre en 2010, il prévient :« nos élus n’ont de cesse de dénoncer l’illusion de cette Economie sociale et solidaire ». Un élu, Mathieu Colombier, explique : « Il n’existe pas une économie solidaire, une économie associative, une économie sociale etc… Il existe une économie réelle, qui supporte la charge de ces économies assistées, qui prospèrent sur la valeur ajoutée par les acteurs économiques, comme le gui prospère sur le pommier ». Le 27 mai 2010, Bruno Gollnisch, conseiller régional en Rhône-Alpes, déclare que le rôle des élus « n’est pas de voler au secours de toutes les entreprises ». En Lorraine, deux ans plus tard, Dominique Bild confirme : « A force de subventions qu’elles soient étatiques, régionales ou départementales ; nous aurions mieux fait déjà de convertir les emplois générés par ses entreprises en postes de fonctionnaire. » Quelques élus admettent que les SCOP peuvent constituer « une solution pour la reprise d’entreprises », et le candidat du FN à Calais s’était prononcé favorablement au plan proposé par la CFDT locale d’une reprise de SeaFrance par une SCOP. Exception électoraliste ? Il semble bien que ce le soit puisque « ces structures ne permettront pas de développer à l’heure actuelle des emplois pérennes et en nombre. Il serait préférable de soutenir plutôt les PME-PMI et TPE, mieux à même de créer des emplois et de la croissance économique » rappelle Dominique Bild.

En réalité c’est bien l’intérêt d’une fraction du patronat, celle des PME PMI qui constitue la ligne du FN, et c’est aussi le même discours que celui du MEDEF qui est repris : « libérer le travail », « simplifier le code du travail », dénonciation des syndicats qui « asphyxient l’économie française » et dont il faudra revoir les modalités de représentativité pour qu’ils entrent dans des « logiques de concertation constructive » et soient moins tentés de « recourir à un rapport de forces (grèves manifestations) ». Rien de bien concret du côté des droits collectifs des salariés, en revanche une promotion de « l’esprit d’entreprise ». Et l’on sait ce qu’est cet « esprit » : le sacro-saint droit de propriété du capital – fut-il « petit » ou « moyen » au nom duquel on dénie aux travailleurs le pouvoir de décision. En un mot, c’est l’esprit du capitalisme que le Front national-Front du capital défend.

La lettre du mois d’octobre

 

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