Il fallait être sourd pour ne pas entendre les revendications des salariés d’Arcelor de la semaine dernière quand ils disaient : « on n’a pas besoin de Mittal pour produire de l’acier » en réponse à la « proclamation » de la volonté de nationaliser le groupe sidérurgique.

La proposition de nationalisation a provoqué une onde de choc. Le Medef est monté au créneau et a crié au « scandale », relayé par une armée d’économistes qui venaient sanctifier ce « cours de morale » des patrons : « Ils ne sauront pas faire, la conjoncture est mauvaise, il n’y a pas de structure commerciale, l’État est un mauvais producteur, la nationalisation c’est dépassé, etc… ».

Tous ces savants et économistes manquent de mémoire : lors de la crise de 2008, qui n’est toujours pas réglée, l’État a garanti les banques qui savaient faire mais qui … s’approchaient dangereusement de la faillite. En vérité leur leçon est simple : l’État doit garantir la vie des entreprises mais pas celles des salariés ! Et dans le monde d’aujourd’hui garantir les entreprises c’est garantir les puissances financières qui peuvent pomper la plus-value par toutes sortes de méthode.

Le désastre de Florange était inscrit depuis août 2006, au lendemain du succès de l’OPA hostile de Mittal sur Arcelor. La sidérurgie lorraine paie aujourd’hui le prix de l’échec d’un modèle financier mis en place lors de cette attaque boursière. Lakshmi Mittal, financier de haut vol, en est le premier acteur avec la banque Goldman Sachs comme conseillère qui l’a accompagné dans tout ce périple. Négligeant les réalités industrielles du secteur sidérurgique, ils ont soutenu la financiarisation d’une industrie lourde, ce qui menace aujourd’hui de l’entraîner par le fond.

La sidérurgie est une industrie cyclique liée aux fluctuations économiques. Quand la crise s’aggrave, le marché automobile, l’un des principaux débouchés de la sidérurgie, s’effondre. Fin 2011 ArcelorMittal a plus de 22,5 milliards d’euros d’endettement net contre 19,7 milliards l’année précédente. Ses frais financiers s’élèvent à plus de 2,8 milliards d’euros. Ce qui ne l’empêche pas de verser 2,3 milliards d’euros de dividendes – plus que son bénéfice net de 2,2 milliards – dont 943 millions pour la seule famille Mittal. Les impôts du groupe, eux, s’élèvent à peine à 900 millions d’euros pour l’ensemble du groupe, dont zéro en France, grâce au miracle des prix de transferts. La finance ne s’embarrasse pas de tout cela, elle fait dans « le brutal ». La stratégie de Mittal/Goldman Sachs est depuis toujours basée sur un « Mur de dettes ». Quand il y a trop de dettes, il licencie et il ferme. Il a acheté avec des dettes, le marché se rétracte, il ferme. Le reste est littérature pour le gouvernement Hollande-Ayrault. Les ouvriers d’Arcelor le savent bien et quand ils entendent « nationalisation » ils entendent (voir sur le journal de France 2) et pensent « on n’a pas besoin de Mittal pour produire de l’acier ». Idem est la réaction des travailleurs des Chantiers navals de Saint-Nazaire qui en appellent aussi à la nationalisation. Cette réaction est proche de celle des salariés qui reprennent leur entreprise en SCOP. Le Tribunal vient de donner raison aux salariés de la SET qui vont pouvoir reprendre leur entreprise en SCOP à la barbe du groupe américano-singapourien Kolicke & Soffa. Dans tous ces exemples, il s’agit de se dégager de la tutelle du capital pour organiser soi-même la production.

Il n’y a pas d’opposition fondamentale entre la nationalisation (non pas temporaire mais durable) et la reprise en SCOP. Les deux formes constituent des formes de propriétés collectives. La SCOP constitue une première forme de négation de la propriété privée du fait de l’application du principe « une personne, une voix » et de la constitution de réserves impartageables. Avec la nationalisation, l’unité de production appartient juridiquement à la collectivité. Reste à savoir qui organisera sa gestion : une direction nommée par le pouvoir qui reproduira les règles du capital ou une gestion par les travailleurs pilotée et orientée par les usagers, citoyen-nes et pouvoirs publics ? Dans tous les cas, il s’agit tout à la fois d’arracher la propriété des moyens de production au capital et d’assurer la mise en œuvre d’autres formes de rapports sociaux dans l’entreprise, d’autres mode de décision dans l’entreprise et dans la société. Pour l’heure, la nationalisation/expropriation de Mittal permettrait de montrer aux Medef du monde qu’ils ne sont plus les maîtres et permettrait  de sécuriser l’emploi, de développer de nouveaux pouvoirs dans l’entreprise pour les travailleurs et de redéfinir une politique sidérurgique répondant aux besoins sociaux. Il s’agit là d’une question centrale qui mérite un grand débat politique auquel l’Association pour l’Autogestion ne peut que souscrire.

Dans l’immédiat, même si nous ne s’agissait que de nationalisation en vue d’une revente ultérieure, le gouvernement a préféré refermer la boite de Pandore de l’appropriation sociale, quitte à trahir les salariés de Florange et accepter la fermeture programmée des hauts-fourneaux suite à l’abandon du projet Ulcor…  On n’a pas eu à attendre longtemps pour apprécier les mensonges de Mittal.

Référence de la pétition des Arcelor : http://sauvonsflorange.wesign.it/fr.

La lettre du mois de décembre

 

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