La période des années 1970 est marquée chez notre voisin belge comme chez nous par une recrudescence des conflits sociaux avec de nombreuses grèves, souvent prolongées, avec occupations accompagnées parfois de tentatives d’autogestion et donc de reprises de production sous gestion ouvrière. Comme en France les « années 68 » sont marquées par une insubordination ouvrière qui va grandissante et dont l’acmé habituellement reconnu est marqué par l’affaire Lip qui symbolise « l’expression d’un droit ouvrier sur l’usine et la production[1] », problématique que l’on retrouve alors en Belgique francophone au travers de quelques cas exemplaires et particulièrement intéressants comme illustratifs.

Une recrudescence des grèves et des occupations…

Les occupations, le plus souvent d’usines, révèlent alors une radicalisation politique de la classe ouvrière. Concrètement de 1966 à 1973, 66 entreprises sont alors occupées par leurs travailleurs, en particulier de 1970 à 1973, la plupart se déroulant en Wallonie et dans la capitale fédérale[2]. Le phénomène est largement amplifié de 1973 à 1974 avec 94 occupations alors qu’en 1976, deux occupations ont lieu chaque mois et qu’en 1977-1978 un conflit sur six est accompagné d’une forme d’occupation[3], soit au total 64 occupations en deux ans.

Selon l’Institut national de statistique (INS) « pour la période 1969-1978, le nombre annuel moyen de conflits en Belgique s’élève à près de 195, alors qu’il n’atteint pas les 54 lors des années précédentes. L’année 1976 atteint même (avec 286 conflits) un seuil qui n’avait plus été atteint depuis l’après-guerre »[4]. On peut en déduire que, outre la fréquence des conflits sociaux, durant cette période 1969-1978 les occupations constituent « une tendance lourde dans l’action du mouvement ouvrier[5] ». Si les revendications salariales restent de mise, la crise qui suit le choc pétrolier de 1973 a comme conséquences de voir les questions d’emploi devenir le tiers des motifs de conflits sociaux à la fin des années 1970, pour atteindre les 40 % en 1978, en y intégrant celle de la réduction du temps de travail perçue comme un moyen de lutter contre le chômage grandissant[6].

… avec des tentatives de relance productive autogérées

Ces tentatives, comme en France du reste, ne sont pas nombreuses mais particulièrement significatives pour certaines, témoignant de la créativité des ouvrier.es comme des difficultés rencontrées, parfois en « milieu hostile » mais également des soutiens reçus. On peut citer l’usine de production de chauffage Somy à Couvin en 1976[7]. Il faut avoir présent à l’esprit que cette entreprise produit avant tout des poêles à mazout. Alors, en grandes difficultés, a lieu une tentative de sauvetage par autogestion avec l’appui des autorités régionales et, donc, dans un contexte très différent de la plupart des tentatives d’autogestion en France à la même période. Grâce à cette autogestion, le 1er mars 1978 voit la naissance de la Nouvelle société Somy, une SA filiale de Efel, avec le soutien des syndicats – en particulier la FGTB (Fédération générale du travail de Belgique) – mais en dépit de la volonté des travailleurs de créer une coopérative[8].

D’autres cas existent comme « l’occupation de Siemens à Baudour, celle de l’usine de « Jeans » Salik à Quaregnon (en 1978), ou de Prestige à Tessenderlo en Flandre (en 1975) » de même que « les expériences d’autogestion aux Textiles d’Ere et aux Sablières de Wauthier-Braine »[9]. Chez Siemens, à Baudour, comme chez Salik, à Quaregon, dans le Borinage, les femmes sont à la manœuvre sachant que « quand les Boraines se tourmentent, ça chauffe[10] »… Concernant Siemens, cette multinationale, en contrepartie d’aides publiques[11], s’est engagée à créer 500 emplois (fabrication de relais pour centraux téléphoniques) à Baudour mais n’en crée que 330 au mieux. De plus, en 1976, en raison du refus par le gouvernement de nouvelles aides Siemens décide de fermer son site ! Une occupation du site « organisée par des femmes, avec des femmes » avec le renfort éventuel de militants syndicaux a lieu pendant deux mois, ce qui constitue une vraie révolution[12]. Suit, en 1978, à Quaregnon l’occupation du site de l’usine de jeans de la SA Salik installée à Anderlecht.

L’expérience des « Sans-emplois » (1978)

En sérieuses difficultés depuis 1973 est annoncée finalement, en mai 1978, une nouvelle restructuration avec le maintien de 90 emplois provisoires sur les 350 restants tandis que la faillite est prononcée en août. Une AG, réunie à l’initiative des syndicats, refuse à une courte majorité l’occupation de l’usine tandis qu’une partie des travailleuses – de très jeunes ouvrières dans l’ensemble soumises aux pressions physiques et morales de l’encadrement – passe à l’acte en manifestant d’abord, rebaptisant la rue Salik « Coron des Sans-emplois » puis en occupant l’usine, avec le soutien de militants extérieurs comme des membres de la JOC, des prêtres ou encore des acteurs de « théâtre-action »[13]. Une ouvrière témoigne :

  • « Plus personne ne nous soutenait même pas les militants. Avant le vote, les délégués nous promettaient de nous aider mais après, ils ne pouvaient plus rien faire. Alors, j’ai fait des réunions chez moi et on a invité une déléguée de la FGTB, Josette. Elle était vraiment formidable. Elle, elle travaillait. Mais elle non plus ne pouvait rien faire si ce n’est nous renseigner. Mais c’est grâce à elle qu’on a su occuper l’usine. On s’était mis d’accord : le 17 [août], on entre. On avait tout préparé : les numéros de téléphone des journalistes, de la télévision. Quand je suis arrivée le matin, j’avais peur : pourvu qu’il y ait quelqu’un. Et en effet, plusieurs filles se cachaient derrière les poteaux électriques. Alors je me suis dit : aujourd’hui on rentre. Et effectivement, Josette a frappé. Le portier est venu ouvrir. On a poussé Josette et on est rentré dans le hall. On éteint la centrale électrique. Pendant ce temps-là, d’autres ne traînaient pas, téléphonaient à la radio, à la télévision et à sept heures et demie, la nouvelle passait sur l’antenne : l’usine Salik était occupée par un groupe de femmes.[14] »

Et « le jour même, la CSC [Confédération des syndicats chrétiens] reconnaît le mouvement et soutient les grévistes. Le 1er septembre 1978, plus de quatre mille personnes viennent à l’usine pour témoigner de leur soutien aux grévistes. C’est le début de l’aventure autogestionnaire de l’usine de Quaregnon ».           Celles-ci décident, en effet, de continuer à produire des pantalons et de les vendre « sans patron et en autogestion[15] ». Ce conflit connaît une médiatisation particulière puisque la BBC elle-même l’honore d’un reportage en soulignant son originalité par rapport aux autres conflits sociaux dans le textile[16]. Les ouvrières qui ont témoigné, si elles ne cachent pas les difficultés pratiques, relationnelles et souvent conjugales à mettre en œuvre l’autogestion et ses contraintes, insistent sur leurs évolutions à cette occasion.

Une AG lors de l’occupation de l’usine Salik

source : illustration de l’article de Daniel Charneux, « L’occupation de l’usine Salik en 1978 : quand les femmes prennent leur destin en main », Le chou de Bruxelles, 1er trimestre 2020, n°111, p. 19

Comme l’a souligné Liliane Ray :  « On vivait une révolution sociale et culturelle importante à l’intérieur de l’entreprise et aussi à l’extérieur parce qu’il a fallu se battre avec nos maris[17] » et ceci sachant que « les femmes qui ont vécu ça ne sont plus jamais redevenues des petits toutous ». Et pour celle-ci ce qui se produisit alors : « C’était une aventure extraordinaire. Pour nous, c’était la révolution totale dans tous les domaines ![18] ». Si en mai 1979, soit au bout de neuf mois, les occupantes doivent quitter l’usine, l’aventure se poursuit un temps pour certaines avec la coopérative des Sans Emplois, puis la coopérative L’Espérance, la dénomination provenant du nom du local occupé à savoir une ancienne clinique prêté par le directeur des mutualités chrétiennes à Boussu.

Si la CSC a soutenu la lutte de ces ouvrières de la SA Salik il n’en est pas même de la FGTB qui prétend respecter le résultat du vote de l’AG en son temps. Pour certains syndicalistes il est sans doute difficile de reconnaître pleinement la valeur de la lutte sociale quand elle est menée totalement ou principalement par des femmes comme en ont témoigné certains comme Vivian Lescot de la CSC[19]. Inversement le témoignage de Raphaël D’Amore, fils d’une occupante, est révélateur de l’évolution du regard portée par sa mère sur l’exercice militant de ses fils, membres actifs de la JOC, au vu de sa propre expérience et des exigences comme des contraintes de sa mobilisation. Les travailleuses durant cette phase d’autogestion améliorent les horaires de travail tout en organisant une crèche à l’intérieur de leur usine ceci sachant que les maris doivent y mettre du leur car « il fallait qu’ils fassent la bouffe, qu’ils lavent les gosses… et toutes ces choses là n’étaient pas acquises »[20]. Il est clair que pour ces femmes il s’agit d’une expérience absolument nouvelle et émancipatrice et même si ce « n’est pas de la tarte » !

Sans entrer dans les détails on peut souligner que, dans le contexte des années 70, nombre de conflits sociaux comme chez Siemens ou chez Salik ont vécu l’implication de ce qu’il est convenu de désigner comme le « Théâtre-Action » post-soixante-huitard en dépit d’une méfiance fréquente des syndicalistes à son égard[21]. En effet « les occupations d’usine un peu partout en Belgique, notamment dans le Borinage, ont dès lors offert un espace de rencontre inédit entre ouvriers en lutte, militants syndicaux ou externes (Jeunesse ouvrière chrétienne, Mouvement ouvrier chrétien, etc.) et artistes engagés[22] ». Ainsi l’expérience de Salik amène le Théâtre des Rues à créer une pièce intitulée De la rue Salik au Coron des Sans-emplois. Sont joués des sketchs exprimant souvent le potentat patronal sur un ton très acerbe vis-à-vis d’un univers phallocratique et condescendant comme, du reste, dans des chansons composées lors de l’occupation[23] comme le montre cet extrait :

Tu resteras le roi des salopards
Avec ton sale tas d’or
Au fond tu pensais tromper toutes les filles
Les ouvrières, de toi se sont foutues
Good bye good bye Salik
Chaque jour qui se passe
Sera pour toi un ennui
Good bye good bye Salik
Nous dans ton bâtiment
On travaillera longtemps

Une expérience autogestionnaire féminine : Le Balai Libéré (Louvain-la-Neuve)

Un cas d’entreprise autogérée, en 1975, a particulièrement marqué son temps, notamment du fait que les employées de la société de nettoyage ANIC ont signifié initialement à leur patron… son licenciement ![24]

A l’origine de l’affaire, il y a la décision du dirigeant de cette entreprise de nettoyage d’envoyer une partie des travailleuses depuis le site de Louvain-la-Neuve[25] de l’Université catholique de Louvain (UCL) sur Recogne, soit à plus d’une centaine de kilomètres… Ce qui évidemment s’avère en pratique impossible pour celles-ci même au prix de trois heures supplémentaires de trajets quotidiennement – sans moyen de transport prévu – comme le souligne le responsable syndical Raymond Coumont[26], soutien actif de ces travailleuses et à l’origine de ce « courrier de licenciement ». Il faut souligner qu’outre des conditions salariales et de travail pour le moins difficiles, celles-ci « comme la plupart des femmes, en tout cas à cette époque-là, […] devaient se charger de déposer et de récupérer les enfants à l’école, du ménage, du souper pour le mari » cela signifiant qu’il ne leur restait alors qu’à signer leur préavis.

Affiche de soutien aux travailleuses d’ANIC éditée par la CSC de Nivelles (1975) – Archives CNE-UCL – DR

Il importe de revenir sur les conditions de travail de ces femmes :

  • « Le travail était difficile et les pressions psychologiques omniprésentes. Considérées comme des êtres inférieurs, des travailleurs de seconde zone, les femmes de ménage engagées chez Anic n’étaient ni autorisées à parler au personnel de l’université, ni à entrer dans les cafétérias. Si certains professeurs montraient de la sollicitude à leur encontre, l’impression d’un mépris général semblait prédominer notamment auprès de certains étudiants se moquant des ouvrières célébrant les funérailles symboliques du patron. En outre, leur travail était continuellement surveillé par un contremaître autoritaire qu’elles dénommaient « l’hitlérien »[27]. Agressif et irrespectueux, aboyant sur les femmes de ménage, il pouvait, selon certaines ouvrières, être terriblement sadique et grossier.[28] »

Ces femmes se mettent alors en grève pendant trois semaines, ce qui a notamment comme conséquence que les locaux de l’université ne sont plus nettoyés, ce qui, évidemment, se voit[29]. Durant cette période « chaque jour de grève, il y avait une sorte d’événement, comme une manifestation durant laquelle ils brûlaient une effigie du patron et la plaçaient dans un cercueil »car « tout était là pour rappeler aux habitants de Louvain-la-Neuve que les femmes de ménage étaient en grève ». Comme l’a souligné Nicolas Verschueren, le rôle des acteurs syndicaux – avec notamment Raymond Coumont et Gilberte Tordoir, permanente de la CSC du site de Louvain-la-Neuve – « l’implication très importante des militants de la CSC dans l’écriture de la fameuse lettre de licenciement et dans l’initiative autogestionnaire[30] », ce qu’a confirmé Coline Grando[31]. De plus l’Institut Cardijn les soutient financièrement à hauteur de 50 000 FB[32]. Il est clair, par ailleurs, que la proximité de la CSC avec le CA de l’UCL a facilité les choses pour obtenir la dénonciation du contrat de sous-traitance avec ANIC ainsi que la conclusion d’un nouveau contrat avec une association sans but lucratif, l’asbl « Le Balai libéré » à laquelle 38 travailleuses ont adhéré :

  • « Un des arguments était que cela améliorerait la réputation de l’université si elle soutenait ce genre d’initiative inhabituelle, et qu’elle s’essayait à une nouvelle forme de gestion. Cela a bien fonctionné : il s’agissait au début d’un contrat de quelques mois, puis d’un an, puis de trois ans. Finalement, le contrat a été constamment renouvelé jusqu’en 1989.[33] » 

Cette « expérience » a donc duré durant 14 ans, ce qui est à souligner dans le contexte de ces années « autogestionnaires » mais avec plus ou moins de réussite comme de longévité dans la plupart des cas. Lors de leur grève, ces femmes dénoncent donc leurs conditions de travail, revendiquant dès lors « une hausse des salaires et des vêtements de travail », tout en pointant le comportement du brigadier et l’inutilité de son rôle comme, du reste, celui du patron quant au fait d’effectuer leur travail. Durant le temps de la grève le matériel considéré comme « un butin de guerre » est confisqué et restitué à la fin. Rassurées du fait de l’aide syndicale quant aux questions salariales, à la coordination des équipes et du travail et pour la comptabilité, la grande majorité, 38 sur 42, adopte la solution autogestionnaire et passe donc à l’acte grâce au licenciement symbolique de leur patron.

Raymond Coumont qui a suivi la nouvelle entreprise a remarqué qu’il s’agissait de femmes peu qualifiées, issues d’un milieu très traditionnel où le rôle de la femme, épouse et mère de famille, était très codifié, ce qui n’a pas facilité les choses. Par exemple, lors des AG, des maris voulaient y assister et parler pour leurs femmes… Pour ces dernières assister aux réunions à des heures inhabituelles n’allait pas de soi : « Je dois absolument m’en aller parce que je vais avoir des ennuis avec mon mari qui ne va jamais admettre que j’aille moi me réunir dans des réunions syndicales […] alors que ma place est à la maison à partir de cette heure-là[34] ». Néanmoins, en dépit de difficultés dans leur vie privée et familiale, cette expérience professionnelle a souvent eu une influence émancipatrice au fil du temps et de par l’action : « Et puis il faut se dire que ces femmes n’avaient jamais manifesté de leur vie. Or, elles ont organisé des manifestations avec des étudiants, qui n’étaient pas piquées des vers ![35] ».

Dès novembre 1974 un conflit oppose les travailleuses d’ANIC car les griefs sont nombreux. Elles sont alors payées 78 FB de l’heure (salaire brut) alors que le tarif est normalement de 102 FB. Leurs frais de déplacement ne sont pas remboursés et elles encourent une « amende » en cas de casse de matériel alors que l’employeur ne leur fournit pas de tenue de travail. Visiblement certaines travailleuses ne sont pas déclarées et elles sont donc soumises aux brimades journalières d’un brigadier odieux et irrespectueux. Il est clair que, si tout n’est pas parfait, leur changement de situation professionnelle est radical au travers de l’asbl puis de la coopérative (1979) dans laquelle la plupart prennent des parts à hauteur de 3000 FB (75 €). L’entreprise intègre 5 à 6 laveurs de vitres, ce qui pose quelques problèmes[36]. En 1978, l’entreprise est confrontée à des difficultés du fait d’erreurs budgétaires et d’un excès d’investissement qui oblige à un plan de crise reposant sur une solidarité accrue[37]. En 1980, les effectifs atteignent 96 personnes alors que les nettoyeuses ont amélioré leurs conditions professionnels avec une meilleure coordination[38], des horaires ajustés à ceux des transports en commun et des contraintes familiales, une amélioration sensible des salaires avec des avantages sociaux (congés pour enfant malade, par ex.). Pour ces femmes dont certaines sont des immigrées[39] il s’agit d’une « révolution culturelle » avec un « passage d’un système basée sur l’obéissance, une hiérarchie très forte, peu d’investissement personnel et exécution des ordres, vers un mode d’organisation et de décision, responsable et coopératif » ce qui a pu faire dire à une travailleuse concernée que « l’autogestion, ce n’est pas de la tarte mais cela vaut le coup[40]».

En 1989, Le Balai libéré compte 80 salarié.e.s. Fin 1988 l’UCL fait le choix d’un appel d’offre publique. Après un premier appel jugé infructueux suivi d’un second début 1989 une entreprise flamande de nettoyage est retenue, en dépit de ces pratiques sociales inacceptables, grâce à un tarif évidemment imbattable[41]. Une telle situation est tout à fait représentative d’un système vicié par nature qui encourage des pratiques sociales limites voire illégales au niveau de la sous-traitance, une pratique répandue dans le monde du « libéralisme » capitaliste pour lequel le mieux-disant social n’est pas d’actualité, en particulier dans le secteur du nettoyage socialement peu considéré. Outre le fait d’économiser sur les produits d’entretien notamment, le sous-traitant pour assurer des prix « compétitifs » comme à l’UCL réduit de manière drastique son personnel en faisant faire le travail assuré en 1988 par 70 personnes par seulement 45 personnes pour un coût annuel ramené à 43 millions de FB contre 53 l’année précédente, selon le syndicat[42], ce qui signifie que le sous-traitant en dépit d’un tarif soi-disant sacrifié s’assure une meilleure marge bénéficiaire en créant des conditions socio-professionnelles inacceptables pour son personnel comme précédemment avec ANIC.

Le cas du Balai libéré est exemplaire du soutien apporté par un syndicats et ses responsables à une lutte sociale comme à l’expérience autogestionnaire qui s’ensuit et ceci de manière constante et prolongée. Il faut noter que si la FGTB a pu apporter son soutien à des cas similaires il est clair que le syndicat en pointe est la CSC avec en l’occurrence une de ses composantes à savoir la CNE.  En effet si « la FGTB soutient les occupations [elle] mise plutôt sur les cellules de reconversion, sur l’initiative industrielle publique et la reprise parfois, de l’outil par l’État », alors que la CSC a fait de l’autogestion « un idéal à atteindre » comme en témoigne en 1971 la prise de position de Robert d’Hondt, secrétaire général de la CSC[43], même si celle-ci ne fait cependant pas l’unanimité[44]. Cette dernière crée en 1980 la Fondation André Oleffe, pour assurer le suivi de ces initiatives industrielles et la formation des travailleurs à l’autogestion. Le parcours d’André Oleffe, président du Mouvement ouvrier chrétien et ministre des Affaires économiques, soutien actif des expériences autogestionnaires dont le Balai libéré, témoigne du reste des évolutions au sein du monde chrétien militant avec un virage à gauche de ce dernier[45]. Au sein de la CSC, le rôle de syndicalistes de terrain en faveur de l’autogestion est, par ailleurs, essentiel comme dans le cas du Balai libéré. On peut remarquer que si ceux-ci n’hésitent à justifier quelques entorses à la légalité comme lors de l’appropriation de stocks ou de moyens de production, ils essaient de procurer des cadres légaux et une respectabilité à l’autogestion. Ainsi les militants de la CNE/CSC présente à l’UCL « l’autogestion des femmes de ménage comme un laboratoire pouvant servir d’analyse aux chercheurs en sciences sociales de l’Université[46] ».

Au travers de ce cas il est possible de mettre en évidence la difficulté de faire vivre pendant près de quinze ans et au quotidien l’esprit solidaire de l’autogestion porté par des acteurs historiques, travailleuses d’origine ou syndicalistes engagés, auprès de nouvelles recrutées ignorantes ou peu motivées. Éviter une nouvelle hiérarchie comme les « petits chefs » comme obtenir une rotation des fonctions autogestionnaires n’a rien d’évident comme d’éviter la monopolisation de la parole par certain.e.s. en AG comme en comité de gestion. Un bureau avec deux « nettoyeuses » gestionnaires et deux animatrices-coordinatrices, considérées comme privilégiées, vit des conflits avec des travailleuses alors que les organisatrices jouent non sans difficultés un rôle essentiel[47]. La solidarité à l’intérieur des équipes disséminées sur le site prend le pas sur celle de l’ensemble outre des comportements pouvant mettre en péril le contrat avec l’Université comme en témoigne en octobre 1977 les dires de la permanente syndicale Gilberte Tordoir :

  • « On doit constater que vous n’avez pas mis à profit la chance que vous aviez de pouvoir inventer un nouveau type de relation de travail. En fait, vous avez tout juste trouvé le moyen de travailler le moins possible pour un salaire aussi élevé que possible. Alors cela devait arriver, on est au bord de la catastrophe. Certaines viennent presque se reposer au Balai. On reste pendant des heures dans son kot [local où le matériel de nettoyage est entreposé], on commence le travail à 9 h, on va faire ses courses pendant le travail, etc. les laveurs de vitre s’en foutent de leur travail, ils jouent aux cartes dans leur kot.[48] »

On le voit : le constat est dur pour le moins. L’expérience vécue par Monique Kerouaton, assistante sociale de formation, militante pleine d’espoir initialement, conforte la désillusion de Gilberte Tordoir. Elle pointe le manque d’implication d’une majorité au sein de leur entreprise pourtant. De leur côté nombreuses sont les nettoyeuses qui n’osent pas évoquer cette situation inédite sans patron… « par crainte d’être qualifiées de fainéantes ou de furies » ! Néanmoins cette entreprise réussit donc à fonctionner « avec des hauts et des bas jusqu’en 1988[49] ».

Deux autres expériences – sur lesquelles la Fondation André Oleffe (FAO)[50] s’appuie comme sur celle du Balai libéré – retiennent l’intérêt, à savoir Les Sablières de Wauthier-Braine et la société coopérative Les Textiles d’Ère qui ont bénéficié d’une longévité inhabituelle. La première qui va durer jusqu’en 1990 n’a cependant concerné qu’un faible effectif de salariés à savoir jamais plus d’une quinzaine de personnes. Fin novembre 1974, le tribunal de commerce de Nivelles prononce la faillite de la SA Transports et Sablières Marchand, à Braine-le-Château, les travailleurs étant autorisés à poursuivre temporairement la production. Celle-ci a lieu en autogestion avec une SA dénommée Les Sablières Wauthier-Braine. Pour la poursuite de l’activité, les travailleurs décident d’exploiter un terrain, propriété de l’État, entamant alors une grève de la faim. Leur pression s’avère payante puisqu’ils sont autorisés à exploiter ce vaste terrain[51]. La seconde expérience d’autogestion concerne une usine de filature de laine peignée, Daphica située à Ere (Tournai), mise en concordat judiciaire[52] début février 1974 et qui débouche sur la coopérative Les Textiles d’Ere[53].

Les Textiles d’Ere : une entreprise autogestionnaire durable

En raison des aides publiques, l’État et les banques parastatales (para-étatiques) constituent les créanciers essentiels. La production est poursuivie afin d’honorer les commandes comme d’épuiser les stocks. Un conflit éclate entre curateurs et travailleurs en ce qui concerne la reprise éventuelle de la société en assurant la survie de l’outil de production, sachant qu’il a été rénové récemment. En octobre 1974 des ouvrier.e.s syndiqué.e.s de la CSC à la mi-octobre occupent l’usine pendant plus de 4 mois afin que l’État vendre l’entreprise à un repreneur fiable sachant que l’idée d’une reprise par les travailleurs eux-mêmes fait son chemin. Le ministre démocrate-chrétien[54] des Affaires économiques, André Oleffe, propose alors la création d’une association (asbl) pourvue de fonds à hauteur de 15 millions de FB « pour assurer le maintien de l’outil [de travail] et gérer le Fonds social en faveur du personnel licencié »[55].

Par la suite, se crée en 1976 la coopérative Les Textiles d’Ere qui obtient la reprise de l’usine avec le stock et l’outil de production, avec une cession par bail emphytéotique. Débutée avec 14 personnes, l’effectif atteint rapidement 130 personnes en 1978. Il faut souligner le rôle essentiel joué par Denise Vincent, déléguée syndicale CSC « engagée à 100 % dans l’expérience autogestionnaire[56] » laquelle souligne le changement d’ambiance et l’écoute à l’égard des employé.e.s tout en notant la responsabilisation de tout un chacun. En effet celle-ci, selon Nicolas Verschueren, « a encadré cette autogestion avec une poigne de fer, refusant de lui donner une trop grande visibilité militante pour se concentrer sur la réussite économique et la sauvegarde de l’emploi[57] ». Jusqu’en 1983 l’entreprise augmente ses effectifs, rencontrant des difficultés tant internes qu’économiques, bénéficiant alors d’aides publiques pour sa relance. Elle survit en 1988 à un incendie d’origine criminelle ne fermant définitivement qu’en 2002, soit après plus d’un quart de siècle d’exploitation en milieu capitaliste.

Pour tenter de conclure

Les ouvrier.e.s de Lip en 1973 n’ont certainement pas imaginé l’impact de leur combat dans le monde ouvrier en servant d’exemple sinon de modèle à de multiples expériences autogestionnaires en Belgique avec, notamment, les cas du Balai libéré, des Sablières de Wautier-Braine et des Textiles d’Ere. Ces trois cas se caractérisent par une durée de vie tout à fait exceptionnelle, en particulier dans le dernier exemple. D’autres, au contraire, ont été très courtes mais dans un contexte économique particulièrement difficile et problématique et d’emblée sinon hostile et tout au moins peu favorable pour des entreprises déjà en difficulté. Du reste, il importe de distinguer l’autogestion de l’autoproduction. Celle-ci résulte d’une résistance qui a consisté « à continuer de produire, faire fonctionner l’entreprise, vendre, protéger l’outil et les stocks » avec un objectif qui était surtout « de convaincre un repreneur et/ou de faire pression pour que l’État soit aidant (quitte à ce qu’il soit lui-même repreneur)[58] ». A l’inverse, l’autogestion concerne clairement la reprise par les travailleurs eux-mêmes de l’entreprise comme dans les cas déjà soulignés comme tels : « Le Balai libéré à Louvain-la-Neuve, les Sablières de Wauthier-Braine et les Textiles d’Ère (après la faillite de Daphica) à Tournai ».

Le mouvement autogestionnaire qui a, dans les années 70, le vent en poupe réactive alors « la problématique de la propriété des moyens de production dans le monde ouvrier et syndical, principalement au sein du mouvement ouvrier chrétien[59] ». Outre l’effet de mode, ce mouvement révèle des « aspirations profondes de la classe ouvrière qui ne pouvaient se traduire que dans des entreprises de petites ou moyennes dimensions[60] ». Cet état de fait est souligné par Jean Peltier et ceci tenant « aux différences de stratégies syndicales dans ces divers types d’entreprises et aux contraintes des différents types de production[61] ». En effet, dans le contexte de crise des années 70, la marge de manœuvre des organisations syndicales est tout à fait réduite au sein des PME, de plus peu syndiquées habituellement. Ainsi l’occupation de l’entreprise est « souvent le seul moyen de faire monter la pression sur le patron – en l’empêchant ainsi de récupérer, déplacer et vendre les machines, les stocks et les dernières commandes réalisées – ainsi que sur des pouvoirs publics peu désireux de voir se développer de tels mouvements [62]» tandis que la structure de production s’avère déterminante. Il est évidemment plus facile pour de multiples raisons de relancer une entreprise de production légère ou de services qu’une entreprise de type sidérurgique, par exemple. De même pour promotionner les luttes comme pour diffuser la production au travers de circuits de solidarité « il est plus facile d’écouler une montre qu’une tôle galvanisée ![63] ».

L’occupation d’une entreprise avec, de surcroît, relance de la production dans un contexte auto-productif et autogestionnaire présente un caractère politique affirmé en constituant « une école vivante d’apprentissage du socialisme[64] ». Néanmoins il est clair que la plupart des expériences autogestionnaires n’ont pu qu’être vouées à l’échec car constituant des « îlots » dans un monde capitaliste de telle sorte que « suite au sabotage des autres capitalistes, à la concurrence, aux manœuvres de l’État, et faute de moyens financiers, ces expériences vont s’arrêter » pour la plupart dans un contexte souvent compromis comme dans le cas de l’industrie textile dans une crise à caractère structurel[65].

Le monde syndical belge a durant les années 1970 adopte des attitudes différentiées à l’égard des occupations comme des tentatives d’autogestion. Parmi les trois grandes centrales syndicales, deux sont concernées par ces problématiques à savoir la FGTB et la CSC, soit respectivement le pilier socialiste et le pilier chrétien[66]. L’une comme l’autre en font un thème  surtout pour tenter de se distinguer, la FGTB étant axée essentiellement sur le « contrôle ouvrier » tandis que la CSC ainsi que le MOC « voient dans l’autogestion une possibilité de renouvellement de la démocratie économique mais également du syndicalisme chrétien[67] ». En mai 1971 la Fondation André Renard organise son colloque annuel sur le thème « Le Contrôle ouvrier et l’Autogestion » tandis que la même année la CSC consacre son congrès à « La participation ouvrière à la vie des entreprises »[68].

Néanmoins il importe de considérer l’échelon loco-régional au plus près des luttes sociales et l’action d’acteurs de terrain comme le symbolise le cas de Gilberte Tordoir, permanente de la CNE/CSC au niveau de l’UCL dans le cas du Balai libéré. Celle-ci se mobilise activement pour l’entreprise de nettoyage comme la déléguée syndicale CSC, Denise Vincent, dans le cas des textiles d’Ere. Il faut reconnaître que, concernant la FGTB, « l’idée que des travailleurs puissent occuper leur entreprise, former des commissions de travail, remettre en cause la hiérarchie interne de l’entreprise, accueillir avec joie des soutiens venant de l’extérieur (y compris de la CSC ou de l’extrême-gauche !), tout cela dégage aux narines des bureaucrates encartés au PS et au Parti Communiste un fumet insupportable (qu’au Vatican on nommerait diabolique)[69] » ! Il n’est donc surtout pas question d’autogestion… des luttes… Par contre du côté du syndicalisme chrétien il existe une attraction indiscutable exercée par une CFDT déconfessionnalisée tandis que certains militants syndicaux ou associatifs se distancient des liens exclusifs avec le Parti social-chrétien (PSC). Il faut insister sur le fait que :

  • « Dès l’origine, les syndicats belges se sont constitués au sein des piliers qui structurent et compartimentent la société belge. Constitués de réseaux qui regroupent des organisations (sociales, de santé, de jeunesse, mutualistes, coopératives) et un parti politique, ces piliers sont organisés selon les mondes idéologiques chrétien, socialiste et libéral qui ont longtemps, mais aussi de manière inégale [au détriment du secteur libéral], dominé la société belge.[70] ».

Dans le même temps se créent des groupes progressistes comme le Groupe politique des Travailleurs chrétiens (GPTC)[71]. Dans les années 1970, il existe un pluralisme de fait au sein du MOC reconnu dès 1972 ce qui fait que de nombreux militants rejoignent le Rassemblement wallon (RW) ou d’autres partis de gauche. Le MOC pousse toutefois le PSC à faire place en son sein à la Démocratie chrétienne de Wallonie-Bruxelles et des cantons de l’Est au sein de laquelle on retrouve  André Oleffe[72].

Un point mérite d’être signalé, il s’agit du caractère fréquemment féminin, au moins majoritairement, lors des grèves avec occupations comme lors d’expériences autogestionnaires. Si les textes parlent le plus souvent de travailleurs, ceux-ci sont donc fréquemment des… travailleuses.

Pochette d’un disque de chants de lutte vendu en soutien aux travailleurs en grève des Capsuleries de Chaudfontaine (1978, Coll. IHOES)

Ces grèves qui ont pu, pour certaines, avoir un caractère « sauvage » démontrent à quel point les femmes sont dépendantes de leurs permanents syndicaux comme de leurs centrales professionnelles dirigées quasi-exclusivement par des hommes dont certains sont des antiféministes convaincus, habituellement hostiles à toute autonomie des syndiqué.e.s de base comme a fortiori des inorganisé.e.s ; et ceci en dépit qu’existent des structures féminines syndicales mais dont la marge de manœuvre est très limitée[73]. Ainsi, à l’issue de la longue grève avec occupation de la Capsulerie de Chaudfontaine en 1975, et lors d’une conférence de presse sur celui-ci, le secrétaire de la Fédération régionale CSC des métallurgistes de Liège, Louis Smal, considéré comme « progressiste » n’a en réalité pas vraiment soutenu les jeunes grévistes selon le témoignage d’une des meneuses, Angela Moriconi[74], tandis qu’il ne mentionne pas le rôle très actif de Mariette Raway, responsable du Service médical féminin de la Fédération liégeoise[75]. Une grève plus précoce a révélé la capacité des travailleuses à se mobiliser massivement en dépit des doutes de la plupart des acteurs syndicaux. Il s’agit de celle de la Fabrique nationale d’armes de Herstal (FN) survenue en 1966[76]. Lors de cette grève emblématique du secteur métallurgique liégeois a joué un rôle essentiel une militante communiste, Germaine Martens – « la petite Germaine » – aidée par une avocate du Parti communiste wallon (PCW), Cécile Draps[77]. Cette grève qui concerne donc la quasi-totalité des travailleuses, soit 3000 femmes[78], a lieu au nom du « A travail égal, salaire égal », celles-ci parvenant à tenir bon en dépit de la résistance patronale, des « diversions » syndicales et des tentatives d’écarter, notamment, Germaine Martens. Le tout sur l’air de la chanson d’Henri Salvador : « Le travail c’est la santé… » :

« Les délégués ont demandé
La direction a refusé
Mais nous les femmes, il faut marcher
Pour faire trotter nos délégués[79] »

Germaine Martens, lors d’une manifestation à Herstal le 7 avril 1966 (Musée de la Vie Wallonne, fonds Desarcy-Robijns)

Il faut remarquer que les nombreuses luttes féminines des années 1970 ont certainement pâti du fait d’être défendues, lors de négociations quand celles-ci ont pu avoir lieu, par des syndiqués hommes sans avoir droit au chapitre le plus souvent.

On peut enfin noter qu’en matière d’autogestion celle-ci est d’évidence fortement tributaire de son environnement comme du régime économico-politique – habituellement capitaliste et libéral – comme de l’attitude des pouvoirs publics ou encore des banques à l’égard de l’entreprise, hormis l’implication, la responsabilisation comme la solidarité manifestées par les travailleuses et travailleurs de celles-ci ainsi que par la mobilisation syndicale ou son absence a contrario. Concernant la CSC souvent décrite comme la plus engagée « l’autogestion est considérée comme un idéal vers lequel tendre, un objectif ultime permettant d’imprimer une direction cohérente à l’action syndicale », justifiant « d’une politique à petits pas[80]».


[1]Xavier Vigna, L’insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines, Rennes, PUR, 2007.

[2]Erik Demeester, « Petite histoire des occupations d’usines en Belgique », Dossier : Occupations d’usines et autogestion ouvrière en Belgique, site Avanti4.be, en ligne (consulté le 29 juillet 2025).

[3]Ibidem.

[4]Ludo Bettens, « Quand la culture s’invite dans des conflits sociaux : une innovation des années 1970. Et aujourd’hui ? », Analyse n°73, 30 décembre 2010, note 2.

[5]Erik Demeester, « Petite histoire des occupations… », art. cit.

[6]Ludo Bettens, « Quand la culture s’invite dans des conflits… », art. cit.

[7]Jean-Jacques Van Mol, « Les Ateliers de l’Eau-Noire et Somy : 1907-1976. Essor et déclin d’une poêlerie couvinoise », Fonderies de fer & Poêleries, Jean Puissant et Jean-Jacques Van Mol (éd.), Treignes, Ecomusée de Viroin/ULB, 2004, p. 87-113.

[8]Ibidem. Cf. également Paul Magniette, « La métallurgie dans le Couvinois » (2e partie), En Fagne et Thiérache, 35e année, tome 136, 2002, p. 55. Ce dernier article indique que, dans le cadre d’une restructuration, un deal est passé avec les Fonderies du Lion (Efel) au niveau de la Région Wallonne qui obtient la reprise de Somy et des Forges de Ciney contre le renoncement à la production de chauffage central au bénéfice de Saint Roch.

[9]Erik Demeester, « Petite histoire des occupations… », art. cit.

[10]Céline Caudron, « Les occupations de Siemens et ex-Salik, « La révolution totale dans tous les domaines » », Carhop (Centre d’animation et de recherche en histoire ouvrière et populaire), 2008, p. 1-3.

[11]« […] trois sociétés multinationales spécialisées dans le montage d’appareils téléphoniques, Siemens (à Baudour), Bell Telephone (à Wasmes) et Atea (à Pâturages) se sont implantées dans la région boraine afin de bénéficier de la présence d’une main-d’œuvre féminine abondante et de profiter des aides à la reconversion. En outre, ces sociétés avaient obtenu des aides du gouvernement et des intercommunales pour l’installation de leurs usines et la formation du personnel. » [Nicolas Verschueren, « L’expression culturelle de la protestation dans un ancien bassin charbonnier », Mouvements n°65, printemps 2011, p. 68-78].

[12]Céline Caudron, « Les occupations de Siemens et… », art. cit.

[13]Nicolas Verschueren, « L’expression culturelle de la protestation dans… », art. cit. Les militants de la JOC conseillent en particulier ces femmes, novices en termes d’action sociale, sur la marche à suivre pour réussir leur occupation et le faire savoir rapidement [cf. Céline Caudron, « Les occupations de Siemens et… », art. cit.].

[14]Interview Carhop de Mme D’Amore, 1993, in Wendy Chanoine et Élodie Ghaye, « L’autogestion n’est pas de la tarte mais cela vaut le coup », Dynamiques. Histoire sociale en revue, n° 10, septembre 2019, http://www.carhop.be/

[15]Céline Caudron, « Les occupations de Siemens et… », art. cit.

[16]Nicolas Verschueren, « L’expression culturelle de la protestation dans… », art. cit.

[17]Céline Caudron, « Les occupations de Siemens et… », art. cit.

[18]Ibidem.

[19]Ibidem.

[20]Ibidem.

[21]Nicolas Verschueren, « L’expression culturelle de la protestation dans… », art. cit.

[22]Ibidem.

[23]Nicolas Verschueren, « Appréhender le travail des ouvrières par le chant », Revue multidisciplinaire sur l’emploi, le syndicalisme et le travail, vol. 9, n°2, 2014, p. 190–211.

[24]MOC-Bruxelles, « Le Balai libéré, grève féminine prémices d’une expérience féministe ? », Le chou de Bruxelles, 1er trim. 2020, n°111, p. 15-17 ; Ce courrier, adressé le 25 février 1975 au gérant de la firme ANIC, Ransonnet, est signé de 27 ouvrières et de 3 permanents syndicaux, le quotidien La Libre Belgique publiant le 6 mars à suivre un article intitulé « Les nettoyeuses de Louvain-la-Neuve « licencient » leur employeur… » [Archives du Balai libéré, Délégation CNE du personnel de l’UCLouvain, https://www.desy.ucl.ac.be/node/893].

[25]A partir de 1971, l’UCL s’implante dans le Brabant wallon à l’est de la commune d’Ottignies en créant une ville universitaire nouvelle dénommée Louvain-la-Neuve avec pas moins de onze facultés. Ceci résulte d’une scission entre partie néerlandophone et partie wallonne de l’université.

[26]Raymond Coumont a été secrétaire général de la Centrale nationale des employés (CNE) une des composantes de la CSC dont il a présidé la partie wallonne. Il est reconnu comme un syndicaliste s’étant engagé dans de nombreuses actions radicales. Comme le souligne un article : « Immobiliser des trains, se mettre en grève de la faim, constituer des trésors de guerre en confisquant des stocks de cassettes VHS pour autofinancer un 13e mois, ou encore investir l’imprimerie Havaux à Nivelles pour empêcher l’envoi de 50.000 exemplaires du Parisien Libéré, en solidarité avec les employés français en grève… Tel était le genre d’actions dans lesquelles s’impliquait Raymond Coumont. » [Guillaume Lohest, « L’éducation permanente implique-t-elle des actions radicales ? », Fourmilière n°9-10, 2017, p. 11]. Cf. Quand le syndicat séquestrait les patrons. Raymond Coumont, mémoire d’un syndicalisme, podcast de Coline Grando, 2025. Cette dernière a réalisé en 2023 un film vidéo de 88’ intitulé Le Balai libéré (produit par le Centre vidéo de Bruxelles).

[27]Il s’agit de cet homme que la « lettre de licenciement » qualifie de « brigadier » c’est-à-dire normalement de responsable du service de nettoyage.

[28]Nicolas Verschueren, « Une utopie ouvrière à l’aube de la société post-industrielle. Le « Balai libéré » et les expériences d’autogestion en Belgique », Histoire@Politique [en ligne], n°42 | 2020.

[29]« Les ouvriers m’ont raconté que pendant la grève, les professeurs et les étudiants étaient venus sur la place de l’université pour demander du papier toilette. » comme l’a confié la réalisatrice Coline Grando à Daniel Kopp [« Ces femmes de ménage d’une université belge qui ont mis leur patron au placard », L’Internationale progressiste, 1er mai 2025, en ligne].

[30]Nicolas Verschueren, « Une utopie ouvrière à l’aube de la société… », art. cit..

[31]« Ces femmes de ménage d’une université belge qui ont mis… », art. cit. Coline Grando a précisé : « Il y avait des ateliers pendant la grève, par exemple un groupe de travail juridique qui a posé la question : Quel type de structure voulons-nous ? », sachant que l’expérience de Lip a particulièrement frappé des syndicalistes belges qui ont fait le voyage à Besançon.

[32]L’Institut Cardijn est une école supérieure de formation sociale. Issu du mouvement ouvrier chrétien, il est donc très proche des positions de la CSC dans ce dossier. Ses étudiants vont soutenir les « femmes du Balai » et les expériences autogestionnaires feront l’objet de travaux de fin d’études [Marie-Thérèse Coenen, « Et si on se passait des patrons ? Des grèves aux luttes autogestionnaires (1966-1985), Sens public, 2009/05/22, en ligne].

[33]« Ces femmes de ménage d’une université belge qui ont mis… », art. cit. La section syndicale CNE/CSC de l’UCL écrit début juin, au terme d’un contrat de 3 mois avec Le Balai libéré, à l’administrateur général de l’UCL tout en adressant une note explicative aux administrateurs [Le Droit de Savoir n°10, juillet 1975, Archives du Balai libéré, CNE de l’UCLouvain, en ligne].

[34]MOC-Bruxelles, « Le Balai libéré, grève féminine prémices… », art. cit., p. 16.

[35]Ibidem, p. 16.

[36]On peut retenir plusieurs points. Ces hommes sont payés nettement plus que les « nettoyeuses ». Ils ont du mal à s’intégrer notamment dans un système participatif et collaboratif. De plus comme l’a souligné le syndicaliste Raymond Coumont « ils faisaient les coqs en assemblée, avaient tendance à dominer l’espace de parole »…  

[37]Marie-Thérèse Coenen, « L’autogestion au féminin », Analyse en ligne, CARHOP, 2005, en ligne.

[38]Il faut se rappeler que le travail s’exerce en petites équipes disséminées sur un vaste espace ce qui ne facilite pas la communication tout en favorisant les rumeurs les plus variées comme la conscience d’appartenance à une même entreprise.

[39]« Elles sont belges, italiennes, espagnoles, turques ou marocaines » [Marie-Thérèse Coenen, « L’autogestion au féminin », art. cit.]

[40]La Cité, 7-8 avril 1979.

[41]« 14 ans de balai… balayés », Le Droit de Savoir n°70, juin 1989, Archives du Balai libéré, CNE de l’UCLouvain, en ligne.

[42]Ibidem.

[43]Marie-Thérèse Coenen, « Et si on se passait des patrons ? Des grèves… », art. cit.

[44]De son côté, Jef Houthuys, président de la CSC à l’époque, n’approuvait que modérément les expériences autogestionnaires selon Nicolas Verschueren.

[45]Cf. Nicolas Verschueren, « Une utopie ouvrière à l’aube de la société post-industrielle. Le « Balai libéré » et… », art. cit. L’auteur consacre, dans son article, un long paragraphe à la fondation présentée comme le promoteur d’une autogestion généralisée : « Des pratiques autogestionnaires à l’autogestion généralisée : la Fondation André Oleffe ».

[46]Ibidem.

[47]« L’organisatrice du travail était la courroie de transmission entre le bureau et les équipes de travail, elle s’assurait que le cahier des charges soit bien rempli, gérait les absences ainsi que les relations avec l’Université et finalement distribuait les produits d’entretien. » [Nicolas Verschueren, « Une utopie ouvrière à l’aube de la société post-industrielle. Le « Balai libéré » et… », art. cit.].

[48]Ibidem.

[49]Marie-Thérèse Coenen, « L’autogestion au féminin », art. cit.

[50]Sur la FAO voir Pierre Georis, « La Fondation André Oleffe : pour accompagner les combats autogestionnaires », Dynamiques. Histoire sociale en revue, n°22, décembre 2022, CARHOP, en ligne.

[51]Cf. notice Maitron de Jean-Marie Paquay (1942-2018) par Marie-Thérèse Coenen. Ce secrétaire fédéral du MOC du Brabant wallon avec Raymond Coumont, secrétaire fédéral du CSC du Brabant wallon, « soutient et accompagne les luttes sociales qui émaillent la décennie 1970 » comme dans le cas du Balai libéré. Sur un plan politique il fut conseiller municipal socialiste d’Ottignies-Louvain-la-Neuve [cf. Église-Wallonie (Bull. trimestriel du Mouvement Église-Wallonie) n°1/2018, p. 5-6].

[52]Cette mesure a pour objet de tenter d’éviter la faillite de l’entreprise.

[53]Pierre Bailleux, Des travailleurs vivent l’économie sociale. Textiles d’Ere : 15 années de fil à retordre !, Bruxelles, Vie Ouvrière/FAO, 1990.

[54]Il s’agit du Parti social-chrétien (PSC) francophone issu de la scission du PSU unitaire survenue en 72 dans le cadre de l’affaire de l’UCL.

[55]Marie-Thérèse Coenen, « L’autogestion au féminin », art. cit.

[56]Ibidem. « Denise Vincent, ouvrière à Daphica, est élue déléguée syndicale sur la liste CSC, en 1971. Elle sera secrétaire du comité de gestion de la coopérative jusqu’en 1983 où elle devient présidente jusqu’à sa retraite. » [Marie-Thérèse Coenen, « Et si on se passait des patrons ? Des grèves… », art. cit].

[57]Nicolas Verschueren, « Une utopie ouvrière à l’aube de la société post-industrielle. Le « Balai libéré » et… », art. cit.

[58]Pierre Georis, « La Fondation André Oleffe : pour accompagner les combats… », art. cit. Selon l’auteur relèveraient de l’autoproduction les Grès de Bouffioulx (près de Charleroi), les Cristalleries du Val Saint Lambert (Seraing), les Capsuleries de Chaudfontaine, les poêleries Somy (Couvin). La Société nouvelle des Grès de Bouffiolx est cependant souvent considérée comme le premier cas d’autogestion en Belgique. 

[59]Nicolas Verschueren, « Voleurs de machines ? La propriété des moyens de production dans l’histoire », Contrastes n°169, juillet-août 2015, p. 7-9.

[60]Ibidem.

[61]Jean Peltier, « Les stratégies syndicales face aux expériences d’occupations d’usines et de reprise de la production dans les années 70 », Dossier : Occupations d’usines et autogestion ouvrière en Belgique, site Avanti4.be, en ligne (consulté le 2 août 2025). Cette remarque concerne selon l’auteur la plupart des cas survenus dans les autres pays que la Belgique.

[62]Ibidem.

[63]Ibidem. L’auteur signale le cas particulier de travailleurs en grève qui ont pu utiliser les machines de l’usine pour fabriquer des produits originaux destinés à la promotion de leur lutte sociale comme des briquets. De plus, ceux des fonderies Mangé et de la Capsulerie de Chaudfontaine ont produit des 45 tours pour promotionner et valoriser leur lutte. Dans le second cas, sa célébrité provient notamment de « la création de groupes musicaux parcourant la Wallonie et vendant leurs disques au profit de la grève » [Hedwige Peemans-Poulet, « Grèves de femmes, grèves pour les femmes ? Les femmes en grève : quelle autonomie au sein des centrales syndicales dirigées par des , janvier-juin hommes… ? », Chronique féministe n°117, janvier-juin 2016, p. 43-49].

[64]Erik Demeester, « Petite histoire des occupations… », art. cit.

[65]Pierre Hoffmeister, « Le textile européen, secteur en crise », Revue d’économie politique, 90e année, n°6, 1980, p. 928-940. Cet auteur indique que « de 1973 à 1978 l’industrie textile a perdu dans la CEE 700 000 emplois » sachant que « 4200 entreprises ont fermé leurs portes » alors.

[66]Le pilier libéral est représenté par la Centrale générale des syndicats libéraux de Belgique (CGSLB). Sur cette centrale, cf. Jean Faniel et Kurt Vandaele, « Histoire de la Centrale générale des syndicats libéraux de Belgique », Courrier hebdomadaire du CRISP, 2011/38, n° 2123-2124, p. 1-53. 

[67]Nicolas Verschueren, « Une utopie ouvrière à l’aube de la société post-industrielle. Le « Balai libéré » et… », art. cit.

[68]Maryse Perin-Hockers, « Du contrôle ouvrier à l’autogestion », Autogestion et socialisme n°16-17, 1971, p. 153-166 ; Oleg Bernaz, « Quand la CSC se raconte : retour sur 45 ans de progrès social », Démocratie n°1, janvier 2024, p. 10-12.

[69]Jean Peltier, « Les stratégies syndicales face aux expériences d’occupations d’usines… », art. cit. L’auteur cite le cas à Liège de la Centrale FGTB des métallos qui « condamnera très vite les occupations des Fonderies Mangé à Chênée et des Capsuleries de Chaudfontaine et ne mènera aucune action contre la fermeture de ces entreprises »…

[70]Pierre Blaise et Jean Faniel, « Les syndicats en Belgique : l’illusion de la puissance ? », Expressions, Institut Montaigne, 25 juillet 2023, en ligne. Concernant le pilier chrétien regroupé au sein du Mouvement ouvrier chrétien (MOC) il comporte, outre la CSC, la Mutualité chrétienne, la JOC (Jeunes organisés et combatifs), Vie féminine et les Équipes populaires.

[71]Fabrice Maerven, « René Noël et l’Union démocratique et progressiste 1971-1982. A la recherche d’un autre communisme dans un Borinage en crise », CHTP-BEG (Cahiers d’histoire du temps présent) n°15 – 2015, p. 435-459 (p. 446). Le GPTC est présidé par Josse Gilquin, cheminot CSC, délégué syndical et vice-présent des Équipes populaires, lequel s’est rapproché de René Noël, militant et élu communiste du Borinage, fondateur de l’UDP.

[72]François Welter, chap. 8 – « La CSC et ses relais politiques. De la démocratie chrétienne au pluralisme critique et évolutif », La CSC, retour sur 45 ans de progrès social, CSC/CARHOP/ 2023, p. 493-509, en ligne.

[73]Hedwige Peemans-Poullet, « Grèves de femmes, grèves pour les femmes ? Les femmes en grève : quelle autonomie  au sein des centrales syndicales dirigées par des hommes… ? », Chronique féministe n°117, janvier-juin 2016, p. 43-49.

[74]« La Capsulerie : grève contre les licenciements », interview d’Angèle Moriconi par Jacqueline Aubenas et Dominique De Ryck, Les Cahiers du GRIF n°16, 1977, p. 70-78 (p. 73-74, en particulier).

[75]Hedwige Peemans-Poullet, « Grèves de femmes, grèves pour les femmes ?… », art. cit., note 14, p. 49.

[76]Marie-Thérèse Coenen, « Le mouvement syndical interpellé », Dynamiques. Histoire sociale en revue n°0, décembre 2016, en ligne.

[77]Ibidem. Sur Germaine Martens, cf. Maxime Tondeur, « Qui est la petite Germaine ? Portrait d’une femme de tête à la tête des femmes en grève »,  Dynamiques. Histoire sociale…, op. cit. Cf. également Lionel Vanvelthem, « Autour de la grève des ouvrières de la FN Herstal (1966) : le son et l’écho de la grève », Analyse de l’IHOES, n° 156, 27 avril 2016, en ligne.

[78]Les femmes sont alors 3800 pour un effectif total de 10 000 personnes [« Les grèves féminines de la construction métallique et la revendication pour l’égalité de rémunération », Courrier hebdomadaire du CRISP 1966/18, n° 325-326, p. 1-52].

[79]Quentin Vanbaelen, Grève des femmes de la FN Herstal : « Nous, les femmes, on a refusé », Solidaire, 14 février 2016.

[80]Quentin Jouan, « Syndicalisme chrétien et démocratisation de l’entreprise en Belgique », La nouvelle revue du travail, 7 | 2015, en ligne.